Laboratoire de biologie médicale multisites VIALLE

EXPLORATION DU SYSTEME DU COMPLEMENT EN 2012

Envoyer Imprimer PDF

Le système du complément est un ensemble de protéines qui participe aux mécanismes de défense naturels de l’hôte contre l’infection et au maintien en solution et à l’élimination des complexes immuns. Compte tenu de son rôle, les causes principales de l’exploration des protéines qui le composent et des mécanismes qui les relient sont le diagnostic et le suivi de maladies auto-immunes et infectieuses. Les avancées récentes ont néanmoins mis en évidence son intérêt dans d’autres affections.

Schématiquement le système du complément se compose de protéines plasmatiques et membranaires qui vont être activées en cascade par 3 voies principales. La voie alterne constitue la première ligne de défense contre l’infection et elle active en permanence, contrairement aux 2 autres voies. La principale protéine concernée est le C3, qui est régulée en permanence (Facteurs H, I…) et dont l’amplification de l’action est déclenchée par une liaison covalente avec une surface bactérienne.

La voie classique (C1, C2, C3, C4) n’est activée que par l’interaction du C1 avec un complexe immun, ce qui suppose une réaction immune humorale préalable. La voie classique comme la voie alterne permet la formation d’un complexe enzymatique appelé C3 convertase spécifique (C3Bb pour la voie alterne, C4b2a pour la voie classique) qui va cliver le C3 en C3b et activer la voie commune du complément (C5, C6, C7, C8, C9) pour former un complexe moléculaire stable (C5b-9) appelé complexe d’attaque membranaire ou lytique détruisant les cellules cibles en les rendant poreuses.

La 3ème voie est complémentaire de la voie classique, appelée voie des lectines et entraînant la formation de C4b2a au contact des surfaces microbiennes sans intervention de complexes immuns.

Les techniques d’exploration sont bien connues. Il faut avant tout rappeler l’importance du respect des conditions pré-analytiques pour ces dosages (une activation encas de prélèvement laissé à T ambiante peut fausser les résultats). Les techniques immunologiques (néphélémétrie et turbidimétrie) permettent le dosage des différentes protéines (C3, C4 et autres facteurs). Les techniques hémolytiques permettent de mesurer l’activité fonctionnelle des différentes voies (CH 50 pour la voie classique, AP 50 pour la voie alterne) en déterminant la quantité de plasma minimum susceptible d’entraîner la lyse de 50% d’un nombre donné de globules rouges de mouton sensibilisés. Des techniques ELISA, de cytométrie de flux ou des explorations génétiques sont également proposées. Ces dosages doivent être techniquement bien maîtrisées pour fournir des résultats fiables permettent une interprétation cohérente.

Celle-ci dépend tout autant des renseignements cliniques devant accompagner les demandes d’exploration du complément. Les principales indications sont l’exploration des infections bactériennes à répétition, en particulier pour les germes encapsulés et chez l’enfant, la suspicion de Lupus Erythémateux Systémique, des pathologies rénales (glomérulonéphrites aigües, SHUa) et des vascularites urticariennes.

Les dosages de première intention sont le CH 50, le C3 et le C4. En fonction des résultats et des renseignements cliniques on peut proposer des algorithmes décisionnels pour aider le clinicien.

CH 50 augmenté, C3 et C4 : retrouvé au cours d’un grand nombre de maladies inflammatoires ou infectieuses. Un complément normal peut donc être retrouvé en cas de syndrome inflammatoire masquant un déficit partiel ou inversement.

CH 50, C3 et C4 abaissés : hypocomplémentémie par consommation après activation de la voie classique observée au cours du LES, en particulier avec atteinte rénale, également en cas d’insuffisance hépato-cellulaire, de syndrome néphrotique, plus rarement au cours de chocs septiques, de cryoglobulinémie.

CH50 et C4 abaissés, C3 normal : modeste consommation par la voie classique ou déficit en C2 et C4 (fréquent en cas de cryoglobulinémie). Ces résultats peuvent aussi s’observer en cas de déficit en C1 inhibiteur.

CH 50 et C4 normaux, C3 bas : rare déficit héréditaire en C3 associé à une fréquence anormale d’infections à pyogènes, notamment ORL et pulmonaires (pneumocoques +++). Les déficits acquis sont dus à des anomalies des mécanismes de régulation (dosage de facteur H et I, Ac anti-facteur H).

CH 50 indosable, C4 et C3 normaux : du à un déficit d’un des facteurs de la voie classique ou finale qui doivent être dosés. Une mesure de l’AP 50 permet de hiérarchiser ces dosages (normal => dosage de C2 et C1, abaissé => dosage des facteurs de la voie commune). Le déficit en C2 est classiquement associé à un LES actif ou à des infections bactériennes à répétition. Les déficits portant sur les protéines de la voie commune sont des facteurs de risques d’infection bactérienne (méningococcies en particulier, ce qui explique l’intérêt de l’AP 50 en cas de purpura fulminans).

Cas particuliers : Le déficit en C1 inhibiteur (dosage pondéral ou fonctionnel) permet de diagnostiquer l’angiooedème (oedèmes sous-cutanés ou laryngés et crises douloureuses abdominales récidivants. Le SHUa est associé dans 60% des cas à des mutations sur le gène du C3 et/ou du facteur B. Des Ac anti-C3 convertase alterne sont retrouvés dans 50 à 80% des glomérulopathies à IgA. Enfin la dégénérescence maculaire liée à l’âge pourrait également être liée à une anomalie génétique du complément.

RFL Juillet – Août 2012