Une hyperleucocytose franche, définie par un taux de globules blancs supérieur à 15 000/µL, est habituellement observée au cours des infections. Certains patients ont un taux très élevé qualifié de réaction leucémoïde dont le seuil est controversé. Les causes les plus communes sont infectieuses représentant 50 % des cas. Cependant, les leucémies et tumeurs solides représentent également des étiologies significatives. A noter que plusieurs médicaments peuvent entrainer une augmentation notable des leucocytes par différents mécanismes (corticoïdes, catécholamines, lithium) ainsi que des situations diverses comme l’intoxication à l’éthylène glycol, la trisomie 21, ou encore une hémorragie importante.

 

Des pédiatres israéliens ont revu les dossiers de tous les patients de moins de 18 ans hospitalisés dans un seul centre de 2009 à 2014 dont le taux de leucocytes était égal ou supérieur à 30 000/ µL durant les 24 premières heures. Les sujets avec des maladies hématologiques connues, un traitement corticoïdes dans le mois précédent, une transplantation ont été exclus. Les résultats ont été comparés à ceux de patients dont la leucocytose était <30 000/ µL, hospitalisés pendant la même période pour des raisons infectieuses ou non.

 

Au total, 656 patients avaient une leucocytose ≥ 30 000/ µL (dont 603 entre 30 000 et 49 999/µL, et 53 > 50 000/ µL) ont été comparés à 656 sujets dont la leucocytose était < 30 000/ µL. L’âge médian des patients ayant une leucocytose ≥ 30 000/ µL était de 19 mois (0,5-240 ; 46,8 % étaient des filles).

 

Comparativement aux patients du groupe contrôle, les patients du premier groupe présentaient plus fréquemment des antécédents médicaux (40,4 vs 32, 6 % ; p < 0,05) dont les trois plus courants étaient l’asthme, la prématurité et les maladies génétiques. La durée d’hospitalisation était plus longue chez les patients du premier groupe (7,5 vs 5,5 ; p < 0,05). Le diagnostic de sortie le plus fréquent était une pneumonie (34,4 % vs 11,9 % dans le groupe contrôle ; p < 0,005), puis une pyélonéphrite (9,7 % vs 8,2 % ; NS). Enfin, les taux de CRP étaient plus élevés dans le groupe hyperleucocytose ≥ 30 000/ µL. 1 082 hémocultures, 474 urocultures, 173 cultures du LCR ont été pratiquées et aucune différence statistique n’a été observée pour le taux des hémocultures et urocultures positives à l’inverse des LCR positifs (5 % vs 0 ; p < 0,05). Des leucémies ont été diagnostiquées chez 26 patients ; 6 avaient une leucocytose entre 30 000 et 50 000, 19 > 50 000 et 1 une leucocytose < 30 000/ µL (groupe contrôle). Les arguments en faveur d’une leucémie en cas de leucocytose entre 30 000 et 50 000 étaient une CRP < 20 mg/L (OR [odds ratio] = 24 ; p = 0,0039), un taux de lymphocytes > 10 000/µL (p = 0,0041), un taux d’acide urique > 55 mg/L (p = 0,01).

 

En conclusion, les causes les plus communes d’hyperleucocytoses importantes en pédiatrie sont les pneumonies. L’incidence des leucémies est directement en rapport avec le taux de leucocytes. Au-dessus de 50 000/ µL, le risque est 6 fois plus élevé.

 

Ref : Hoofien A et coll. : Leukemoid reaction in the pediatric population: etiologies, outcome, and implications. Eur J Pediatr 2018 ; 177 (7) : 1029-1036.

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