Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) est la principale cause d’infertilité féminine dans le monde et est associé à un certain nombre de conséquences, en particulier métaboliques. Il touche 10 à 18 % des femmes dans le monde et est caractérisé par un excès de sécrétion ovarienne et/ou surrénalienne des androgènes, une oligo-anovulation et, dans de nombreux cas, une insulinorésitance.

Chez les patientes avec SOPK, les concentrations sanguines d’AMH (hormone anti-mullérienne) sont 2 à 3 fois supérieures à celles des femmes sans SOPK.

 Par ailleurs, la physiopathologie du SOPK fait aussi intervenir une dysrégulation hypothalamique. En effet, la plupart de ces patientes ont une augmentation des concentrations de LH (hormone lutéinisante hypophysaire), ce qui suggère une augmentation de la fréquence des pulses de GnRH (hormone de libération des gonadotrophines) hypothalamique. En tout cas, ce que l’on sait, c’est que 50% des neurones à GnRH sont dotés de récepteurs à l’AMH et que,dans les expériences animales ou in vitro, l’AMH exogène augmente la sécrétion de GnRH , ce qui accroît alors la production et la pulsatilité de LH par la glande anté-hypophyse.

D’autre part, alors que le SOPK a une forte héritabilité, les mutations identifiées jusqu’à maintenant n’expliquent pas cette prévalence élevée dans la population, ce qui peut suggérer que des facteurs environnementaux fœtaux pourraient jouer un rôle important dans l’initiation de cette maladie.

Une équipe lilloise s’est demandé si un excès d’AMH in utero pourrait affecter le développement du fœtus féminin et prédisposer à un SOPK ultérieur. En effet, alors que les concentrations d’AMH baissent au cours de la grossesse chez les femmes ayant une fertilité normale, on ne savait pas, jusqu’à maintenant, comment elles évoluaient chez les femmes ayant un SOPK et tombées enceintes.

Dans une étude récente, publiée dans Nature Medicine, les auteurs montrent que les concentrations d’AMH sont significativement plus élevées dans le groupe des femmes enceintes avec SOPK en comparaison des femmes témoins enceintes mais sans SOPK. Afin de déterminer si l’augmentation d’AMH au cours de la grossesse chez les femmes ayant un SOPK pouvait être à l’origine du développement d’un SOPK ultérieur chez l’enfant, ils ont développé un modèle clinique en traitant des souris gestantes avec de l’AMH et en suivant le phénotype neuroendocrine (sécrétion de GnRH) des souriceaux femelles nés de ces gestations.

Le traitement par AMH conduit à un excès de testostérone d’origine neuroendocrine et à une diminution du métabolisme du placenta qui transforme habituellement la testostérone en estradiol, conduisant à une masculinisation des fœtus féminins exposés et à un phénotype reproductif et neuroendocrine ressemblant à un SOPK chez les souriceaux femelles exposés, lorsqu’elles atteignent l’âge adulte. Les femelles affectées gardent ensuite une hyperactivation des neurones à GnRH mais un traitement par antagoniste du GnRH à l’âge adulte chez les souriceaux femelles exposés pendant la gestation, permet de restaurer leur phénotype neuroendocrine et de le normaliser.

Toutes ces données semblent donc converger pour indiquer un rôle critique de l’excès d’exposition prénatale à l’AMH dans la détérioration de la signalisation des récepteurs à GnRH expliquant la dysfonction neuroendocrine du SOPK. On peut également imaginer que chez l’adulte ayant un SOPK, un traitement par antagoniste du GnRH pourrait être utile pour restaurer une ovulation et une fertilité, en particulier chez les sujets ayant un SOPK avec un poids normal et des concentrations de LH élevées, à condition, bien sûr, que ce traitement puisse être intermittent !

Ref : Tata B. et al. Elevated prenatal anti-müllerian hormone reprograms the fetus and induces polycystic ovary syndrome in adulthood. Nat Med 2018 ; 24 : 834-846.

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