L’accident vasculaire cérébral (AVC) est la deuxième cause de décès dans le monde et la première cause de décès en Chine. Comment en assurer la prévention primaire par une stratégie tout à la fois sûre, efficace et peu onéreuse ?

 

Des chercheurs chimois ont émis l’hypothèse selon laquelle un faible taux de plaquettes associé à un taux élevé d’homocystéine augmentait le risque de survenue d’un premier AVC.

 

Ils ont donc tenté de déterminer de façon prospective, dans une population de patients chinois hypertendus :

 

1- s’il existait une association entre, d’une part, les taux de base des plaquettes et de l’homocystéine et, d’autre part, le risque de survenue d’un premier AVC ;

2- pour le cas où cette hypothèse serait exacte, si un traitement par l’acide folique pouvait réduire le risque de premier AVC dans le sous-groupe de patients ayant, à l’état basal, un faible taux de plaquettes associé à un taux élevé d’homocystéine.

 

L’étude a porté sur 10 789 des 20 702 adultes chinois hypertendus (âge moyen : 59,5 ans; hommes : 38 %), sans antécédent d’AVC ni d’infarctus du myocarde, qui avaient été inclus dans le China Stroke Primary Prevention Trial, essai chinois de prévention primaire de l’AVC (). Dans cette étude, les participants recevaient quotidiennement, après randomisation, soit 10 mg d’énalapril et 0,8 mg d’acide folique (n=5 408), soit seulement 10 mg d’énalapril (n= 5 381).

 

Le taux des plaquettes a été classé en 4 quartiles (Q): Q1: <210 000/ml ; Q2: ≥210 000 et <248 000/ml ; Q3: ≥248 000 à <291 000/ml ; Q4: ≥291 000/ml. Le critère principal a été la survenue d’un premier AVC.

 

Lors d’un suivi de 4,2 ans, 371 premiers AVC sont survenus. Dans le groupe énalapril seul, le taux le plus faible de premier AVC (3,3 %) a été constaté parmi les patients qui avaient un taux élevé de plaquettes (quartiles 2 à 4) et un faible taux plasmatique d’homocystéine (<15 mmol/l), alors que le taux le plus élevé de premier AVC (5,6 %) a été observé parmi les patients qui avaient un faible taux de plaquettes (quartile 1) et un taux plasmatique élevé d’homocystéine (≥15 mmol/l).

 

Dans le groupe traité par acide folique, le taux d’AVC a diminué de 73 % dans le groupe de patients à haut risque d’AVC (hazard ratio : 0,27 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,11 à 0,64 ; p=0,003). A contrario, ce traitement n’a pas eu d’effet significatif dans le groupe à faible risque d’AVC.

 

En conclusion, au sein d’une population d’adultes chinois hypertendus, les patients ayant, à l’état basal, un faible taux de plaquettes et un taux plasmatique d’homocystéine élevé avaient le risque le plus grand de survenue d’un premier AVC et ce risque a été réduit de 73 % par la prise d’acide folique. Si ces résultats sont confirmés, les taux de plaquettes et d’homocystéine pourraient servir de biomarqueurs pour identifier les patients à haut risque d’un premier AVC. Ces derniers pourraient bénéficier alors tout particulièrement de la prise d’acide folique, traitement sûr, efficace et peu coûteux. Il reste que l’on ne connaît pas les mécanismes exacts par lesquels un faible taux de plaquettes et un taux plasmatique élevé d’homocystéine augmentent le risque de survenue d’un premier AVC et on ignore également les raisons pour lesquelles l’acide folique réduit la survenue d’un premier AVC dans ce sous-groupe de patients.

 

Ref : Kong X et coll. : Platelet count affects efficacy of folic acid in preventing first stroke. J Am Coll Cardiol 2018 ; 71 : 2136-2146.

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