Le régime sans gluten, bien que très à la mode, n'est médicalement indiqué qu'en cas de maladie cœliaque (MC). Il permet de réduire sur le long terme les risques de complications liées à cette maladie auto-immune. Les régimes sans gluten s'accompagnent souvent d'une augmentation de la prise de lipides et d'hydrates de carbone. Et il n'est pas rare de voir des patients atteint de MC prendre du poids avec un régime d’exclusion du gluten. Récemment, il a été montré que les régimes sans gluten détérioraient la tolérance au glucose et pouvait induire des syndromes métaboliques chez certains patients atteints de MC, exposant à un accroissement du risque cardiovasculaire.

 

Les auteurs de cette étude ont recherché un lien éventuel entre l'exclusion du gluten de l'alimentation et le développement d’une NASH (stéato hépatite non alcoolique).

 

Ils ont donc réalisé une étude prospective sur des patients atteints de MC suivant un régime sans gluten depuis au moins 6 mois qui ont été comparés à des cas témoins. Les participants ont été appariés pour les données démographiques (âge et sexe) et les risques métaboliques (surpoids, diabète, taux de cholestérol total, triglycérides). Les NASH ont été diagnostiquées selon les critères de l'Association Européenne d'Etude hépatique.

 

Deux cent deux patients et autant de témoins ont été inclus.

Le risque de NASH n'est pas influencé par l'origine géographique des patients éliminant l’hypothèse de la responsabilité de  la composition des repas selon la culture.

Au moment du diagnostic de MC, 22 % des malades avaient une stéatose, taux similaire chez les témoins. Cependant, après un an de régime sans gluten, ce taux a grimpé à 40 %.

Le risque de NASH est notamment plus élevé chez les patients qui n'étaient pas en surpoids. En revanche le pourcentage de NASH chez les témoins « minces » est négligeable. L'analyse multivariée a montré une multiplication par presque 6 du risque de NASH chez les malades sans surpoids. Au contraire la prévalence de la NASH chez les patients avec MC et les témoins en surpoids ou obèses était similaire.

Les auteurs proposent 2 hypothèses : le circuit cerveau-système digestif est altéré chez les patients atteint de MC, avec notamment une anomalie de la perméabilité et une prolifération bactérienne au niveau du grêle, phénomène décrit dans la NASH. Autre hypothèse, le régime sans gluten peut s'accompagner d'un comportement hyperphagique de compensation, d'où un gain de poids et une consommation accrue de lipides, facteurs favorisant la NASH. Quelle que soit la cause, agir sur le microbiome représente une cible thérapeutique de choix.

Ref : Tovoli F et coll. : Increased risk of non alcoholic fatty liver disease in patients with coeliac disease on a gluten-free diet: beyond traditional metabolic factors. Aliment Pharmacol Ther., 2018; 48(5): 538-546. doi: 10.1111/apt.14910.

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