Le dosage du CA125, bien que non recommandé par les sociétés savantes, est cependant parfois, en pratique, associé à celui du CA15-3 et de l’ACE dans le bilan d’extension des cancers du sein. Dans ce contexte, le seuil de 35 kU/L (limite supérieure des valeurs de référence dans la population notmale) est probablement inadapté pour l’interprétation des taux de CA125.

 

Le but des auteurs était donc de confirmer l’intérêt du dosage du CA125 dans le bilan d’extension initial des cancers du sein et d’évaluer la place de ce marqueur dans un bilan biologique comportant déjà un dosage de CA15-3 et d’ACE.

 

Cette étude rétrospective a porté sur 620 patientes atteintes d’un cancer du sein, au centre Georges-François Leclerc, entre février 1998 et décembre 2014 et ses auteurs ont cherché à savoir quel était le meilleur seuil pour avoir une spécificité de 95 % que ce soit dans la recherche de métastases à distance (MAD).

Au seuil de 35 kU/L, la valeur prédictive du CA125 initial sur la dissémination métastatique est faible. La sensibilité est de 49 %, la spécificité de 88 % et la valeur prédictive positive (VPP) de 65 %. Au seuil de 35 kU/L, le CA125 est le plus souvent élevé du fait d’une inflammation des séreuses.

Pour une spécificité fixée à 95 %, les valeurs seuils du CA125, du CA15-3 et de l’ACE sont respectivement de 55 kU/L, 50 kU/L et 6,7 μg/L. A ces taux, les sensibilités sont de 39, 60 et 46 % et les VPP de 79, 85 et 81 %.

Le CA125 initial augmente la sensibilité de détection des MAD de 8, 18 et 7 % selon que le bilan initial comporte un dosage isolé de CA15-3, un dosage isolé d’ACE ou un dosage conjoint de ces deux marqueurs.

Dans cette étude, les taux de CA125 augmentent avec la taille de la tumeur primitive, l’envahissement ganglionnaire, la dissémination métastatique et surtout le nombre de localisations secondaires, ce qui confirme que des taux élevés de CA125 correspondent le plus souvent à des formes déjà évoluées. Cela exclut bien entendu l’utilisation du marqueur à des fins diagnostiques puisque moins de 20 % des cancers du sein pourrait être diagnostiqués à partir d’une élévation du CA125 et qu’il manque de sensibilité, avec des augmentations possibles dans des situations physiologiques ou dans des pathologies bénignes.

La difficulté d’interprétation des marqueurs réside dans le choix d’un seuil de positivité qui doit varier en fonction de la finalité de la prescription.Ce seuil devrait être fixé à 55 kU/L.

Le taux de positivité du CA125 est donc corrélé à l’extension de la maladie et son dosage peut venir compléter utilement celui du marqueur spécifique d’organe.

Si l’intérêt du CA125 dans la surveillance évolutive des cancers ovariens est indiscutable, l’interprétation du taux de ce marqueur tumoral demandé lors du bilan initial d’un cancer du sein doit toujours tenir compte du contexte clinique.

 

Ref : Laffont A et coll. : Le CA 125 dans le bilan d’extension des cancers du sein nouvellement diagnostiqués : pourquoi et comment ? Ann Biol Clin (Paris). 2018; 76: 553-561. doi: 10.1684/abc.2018.1368.