Un rapport récent d’une augmentation de risques de cancer chez les enfants nés après assistance médicale à la procréation (fécondation in vitro, fécondation in vitro avec micro-injections ovocytaires (ICSI)) a généré beaucoup d’inquiétude et d’interrogation (WAINSTOCK et coll., AmJ. Obst. Gynecol. 2017, 216-314).

Cette information, comme tant d’autres parues notamment en Italie et aux USA, repose-t-elle sur des bases réelles, des études non biaisées, des corrélations souvent exagérées ? (PAULSON R.J. Fertil-Steril. 2017.107).

On doit considérer comme études significatives des études de cohortes dont le risque relatif RR est supérieur à 2 ou 3 et les cohortes de contrôle avec un odd-ratio à 3 ou 4 (2 à 4 fois l’incidence retrouvée dans les populations contrôle).

 

Les auteurs prennent comme exemple de rapports « inappropriés », l’étude israélienne citée dans de nombreux articles : cette étude rétrospective porte sur un groupe de 242187 enfants dont 1,1 % (n = 2.603) étaient nés après FIV et 0,7 % (n =1.172) étaient conçus après traitement d’induction d’ovulation.

 

Premier point d’achoppement : Les âges des mères dans les 3 groupes n’étaient pas homogènes.

Les auteurs rapportent également des différences notables entre les 3 groupes dans le déroulement des grossesses : parité, hypertension artérielle, diabète gestationnel, prématuré, poids de naissance…

Dans la période étudiée, entre 0 à 18 ans, 429 enfants ont été hospitalisés en service d’oncologie :

            - 415 (0,17 %) sont nés après conception spontanée,

            - 7 (0,26 %) conçus après FIV,

            - 7 (0,58 %) conçus après induction d’ovulation.

Les auteurs retrouvent un risque relatif de 2,03 (OR 0,96-4,30) chez les enfants conçus après induction d’ovulation.

L’incidence de cancer était basse dans les groupes 1 (conception spontanée) et 2 (FIV).

Les auteurs concluent qu’il était difficile de faire la part des choses entre les effets secondaires liés aux traitements et les conditions et nature de l’infertilité des couples.

 

Les auteurs ont donc repris les résultats des principales méta-analyses pour tenter de répondre à cette question : la FIV et la culture embryonnaire avec un développement de 2 cellules à 15 cellules, soit le stade blastocyste, augmentent-elles le risque de cancer chez l’enfant et l’adolescent ?

  1. La méta-analyse publiée en 2005 (RAIMONDI et coll., Br.J Cancer – 2005 : 93) inclut une cohorte de 38.815 enfants avec un nombre de cancers observés égal à 47 et un nombre de cancers attendus de 38,2, soit un RR de 0,97 %.
  2. En 2016, le Registre des naissances en Norvège a publié une étude de cohorte entre 1984 et 2011, incluant 1.862.876 enfants conçus spontanément et 25.782 enfants après AMP.

L’étude a retrouvé 4.523 cancers dans le groupe 1 (0,24 %) et 49 cancers dans le groupe 2 (0,19 %) sans corrélation statistiquement significative même si les auteurs retrouvaient une augmentation de certains types de leucémies et de lymphomes dans le groupe FIV.

  1. En 2013, la méta-analyse de HARGREAVE et coll. (INT.J.Cancer.2013) incluait 10 études et a porté sur une cohorte de 2.830.054 enfants nés après conception spontanée, dont 115.844 enfants dont la mère présentait un problème d’infertilité.

Résultats :

Lorsque la femme présente un problème d’infertilité, il y a un risque plus élevé de cancers tant chez les enfants (0 à 18 ans) que chez les jeunes adultes (âge supérieur à 20 ans, avec un risque plus particulier de développer une leucémie ou une tumeur endocrinienne).

  1. L’étude récente de WILLIAMS et coll. (N.England.J off Medicine 2018) ne retrouve pas chez les enfants nés après AMP entre 1992 et 2008 une augmentation de risque de cancer jusqu’à l’âge de 15 ans, en se basant sur le Registre de l’UK National Registry of Childhood Tumors : 108 cancers retrouvés / 109 cancers attendus.

L’étude retrouvait néanmoins une augmentation de risques de certaines tumeurs de type hépatoblastome et rhabdomyosarcome.

 

L’étude de WILLIAMS menée en 2018 retrouve même une diminution de risque de cancer lorsque l’AMP est réalisée à parti de gamètes, ovocytes ou spermatozoïdes, de jeunes donneurs.

 

Conclusion:

- Il n’y a pas de risque reconnu d’augmentation de survenue de cancer chez les enfants jeunes ou adultes conçus après AMP.

- En comparant des populations identiques en termes d’âge, de parité ou de présence d’autres facteurs de risques, la survenue de cancers n’est pas plus élevée chez les enfants dont les mères ont été traitées par induction d’ovulation.

- Selon les auteurs, les études à venir sur « infertilité et cancer » devraient impérativement tenir compte de l’âge, des données génétiques ou épigénétiques des couples et des facteurs environnementaux.

- Il est donc impératif d’être prudent sur les biais de sélection de certaines études, des analyses statistiques incomplètes voire manipulées, avec des conséquences médiatiques de certaines « fausses alarmes ».

 

Ref : Paolo Emanuele LEVI-SETTI, Pasquale PATRIZIO (Fertility Center MILAN, Italie et Yale Fertility Center NEW HEAVEN, USA). Journal of Assisted Reproduction and Genetics 2018.35