Bien que la plupart des infections par le Zika soient liées aux piqures de moustiques, le virus Zika peut se transmettre par voie sexuelle, par transfusion, en intra-utérin et en intra-partum. La transmission sexuelle survient même en l’absence de symptômes et potentiellement par sexe oral également.
 

Les auteurs de cette étude ont tenté de préciser la durée de la persistance du virus dans différents liquides biologiques. Ils ont recruté des patients à Puerto Rico et ont recherché la présence d’une infection par le virus Zika par méthode indirecte (sérologie) et directe (PCR) dans différents liquides biologiques : sérum, urines, sperme, salive et sécrétions vaginales.

 

Au total, 295 patients ont été inclus, d’âge moyen 36,3 ans, le plus jeune ayant moins d’un an et le plus âgé, 83 ans ; 75 % avaient entre 18 et 64 ans ; 280 étaient symptomatiques, les 15 autres étant des proches asymptomatiques mais testés positifs.

 

Dans plus de 75 % des cas, les patients avaient de la fièvre, une rougeur ou des douleurs oculaires, un rash, un prurit, des myalgies ou une céphalée. Moins fréquemment, ils se plaignaient de troubles digestifs (douleurs abdominales, diarrhées, nausées, vomissement).

 

Biologiquement, la moyenne du compte des leucocytes était normale à 5 100/mm3 avec des cas d’hyperleucocytose (2 100 à 40 000/mm3) et les plaquettes avaient également un taux normal à 212 000/mm3 avec parfois des thrombopénies modérées (> 80 000/mm3). Les patients ont consulté pour la plupart rapidement après l’apparition des signes cliniques, 60,7 % avant 5 jours et 87,5 % avant 7 jours.

 

Les prélèvements ont été effectués au minimum toutes les semaines pendant le 1er mois, puis au 2ème, 4ème et 6ème mois. En cas de positivité à la 4ème semaine, les recueils ont été poursuivis toutes les 15 jours jusqu’à négativation des tests.Dans le sérum, les IgM ont été retrouvées (284/294) dans 97 % des cas. Dix patients (3 %) n’ont pas eu de séroconversion ; 50 % étaient positifs en IgM à 15 jours dans le sérum et 95 % à 41 jours d’où une persistance plus longue que pour les autres flavivirus.

 

La recherche directe par PCR a été positive dans 88 % des cas (251/284).

Dans les urines, l’ARN du Zika a été retrouvé dans 59 % des cas (136/231). Parmi les 222 patients qui ont eu à la fois des prélèvements sériques et des urines, 12 % des cas étaient positifs pour les  urines mais négatifs dans le sérum tandis que 41 % étaient positifs dans le sérum et négatifs dans les urines ; 50 % étaient encore positifs une semaine après le début des symptômes et 95 % après 5 semaines.
 

Au niveau salivaire, seul 5 % des cas se sont avérés positifs, et 2 % au niveau des prélèvements vaginaux.

 

Dans 51 % des cas, le virus Zika a été retrouvé dans le sperme, 50 % des prélèvements étaient positifs à 1,5 mois et encore 95 % à 4 mois.Au final, la moitié des participants avaient un ARN viral détectable dans les urines 1 semaine après le début des symptômes, délai allongé à 2 semaines dans le sérum et 1,5 mois dans le sperme. On retrouvait encore la présence du virus chez 5 % des patients au bout de 5 semaines dans les urines, 6 semaines dans le sérum et 4 mois dans le sperme.

 

Les recommandations du CDC (Center for Disease Control) pour le diagnostic stipulent de rechercher l’ARN viral par PCR dans le sang et les urines dans les 14 jours suivant le début des symptômes. Les femmes en désir de grossesse infectées ou exposées doivent attendre au minimum 8 semaines après les signes cliniques ou l’exposition avant la conception.

 

Le diagnostic précoce de l’infection par le virus du Zika passe le plus souvent par la recherche par PCR mais cet article montre qu’il est utile de rechercher l’ARN dans le sérum et les urines. Il confirme aussi la possibilité de contamination sexuelle même si son rôle est modeste dans la propagation de la maladie.

 

Ref : Paz-Bailey G et coll. : Persistence of Zika Virus in Body Fluids — Final Report. N Engl J Med., 2018; 379: 1234-1243. DOI: 10.1056/NEJMoa1613108