La production d’hormones thyroïdiennes augmente durant la grossesse, période durant laquelle les dysthyroïdies (tant hypo qu’hyperthyroïdies) sont fréquentes, avec un risque accru de survenue d’événements pathologiques pendant la gestation et en périnatal. Un contrôle précis de la fonction et un traitement des maladies de la thyroïde chez la femme enceinte sont donc essentiels pour optimiser le devenir de la mère et du nouveau-né.

Réactualisant une précédente version datant d’Octobre 2011, un groupe de travail de l’American Thyroid Association (ATA) a actualisé les recommandations concernant le diagnostic et la prise en charge des affections de la thyroïde durant la grossesse et le postpartum. Les principales recommandations sont les suivantes :

- Il est préconisé, aux femmes enceintes et à celle désirant concevoir,d’ingérer un supplément diététique de l’ordre de 150 µg/j d’iodure de potassium par voie orale.
- Des valeurs de référence spécifiques, variables trimestre par trimestre et selon les populations concernées, doivent être utilisées pour le dosage de la TSH durant la grossesse , afin d’apprécier avec précision la qualité de la fonction thyroïdienne lors de cette période. Ces normes varient selon les groupes ethniques. Lorsqu’elles ne sont pas disponibles, une approche alternative consiste à réduire la limite inférieure de la TSH de 0 ,4 par rapport à la normale et la limite supérieure de 0,5, dès la 7e à la 12e semaine. De plus, le dosage automatisé par immuno essai de la T4 libre (FT4) s’avère inadéquat durant la grossesse, de par des variations du taux sérique des protéines porteuses. La T4 totale, pour sa part, augmente d’environ une fois et demi par rapport à sa valeur en dehors de la grossesse ; sa mesure doit être préférée à celle de la FT4, car plus reproductible, notamment en fin de grossesse.
En cas d’hypothyroïdie infraclinique diagnostiquée durant la grossesse, un traitement est recommandé. 

- Pour les femmes en hypothyroïdie débutant une grossesse, on se doit d’augmenter le dosage de la lévothyroxine d’environ 20 à 30 %, dès que le test de grossesse est positif et le contact pris avec le médecin . En effet, dans cette situation et en l’absence de traitement, le risque de complications obstétricales est accru, dont celui de prématurité, de petit poids de naissance et de QI bas de l’enfant, notamment en cas de positivité des anticorps anti-TPO. Un essai clinique randomisé a démontré le bénéfice d’un traitement par lévothyroxine chez les femmes quand la TSH est supérieure à 10 mIU/L  dans tous les cas et quand le taux de TSH était supérieur à 2,5 mIU/L en cas  d'anticorpes anti-TPO positifs .
- Au contraire une chute de la TSH durant le premier trimestre peut traduire, soit une thyrotoxicose gestationnelle transitoire, soit une authentique hyperthyroïdie, maladie de Basedow le plus souvent. La mesure de la T4 totale ou libre, de la T3 et des anticorps pour les récepteurs de la TSH peuvent alors aider utilement au diagnostic différentiel entre ces 2 pathologies. En cas de maladie de Basedow durant la grossesse, le propylthiouracile est recommandé durant les 16 premières semaines (8% de malformations congénitales apparemment moins graves qu'avec le méthimazole). 

- Après l'accouchement es femmes qui allaitent et souffrent d’une hypothyroïdie patente ou infraclinique devraient recevoir un traitement par lévothyroxine 

La question du dépistage généralisé d’une possible dysfonction thyroïdienne durant la grossesse n'a pas été tranchée. 
Au niveau du laboratoire ces recommandations soulignent-elles l’importance d’une surveillance étroite de la fonction thyroïdienne durant la grossesse, en s’appuyant sur des valeurs de référence spécifiques de la TSH et de la T4 totale plus que sur la T4 libre, ce qui n'est pas du tout réalisé en France

Ref : Diakens L T et coll. : Diagnostic and Management of Thyroid Diseases during Pregnancy and the Post-partumPeriod. JAMA, 2019 ; publication avancée en ligne le 3 mai. doi:10.1001/jama.2019.5321