Le seuil de 60 mg/L (360 µmol/L) a été retenu dans les dernières recommandations de la European League Against Rheumatism (EULAR) pour définir une hyperuricémie.
La présence de dépôts d’urate dans les articulations et les tendons est rapportée chez 30 à 50 % des patients ayant une hyperuricémie asymptomatique chronique, d’où la notion de goutte asymptomatique (ou pré-goutte ou goutte cachée).
Ainsi, la nouvelle classification des stades évolutifs de la goutte comprend 3 stades : hyperuricémie asymptomatique sans dépôts d’urate, dépôts de cristaux d’urate asymptomatique et stade d’accès de goutte intermittents avec dépôts d’urate.

La question est toujours de savoir quelles sont les conséquences d’une hyperuricémie chronique asymptomatique et de la nécessité ou non de la traiter.
Le seuil d’uricémie à partir duquel apparaît un risque cardio-métabolique et/ou rénal n’est en effet pas connu. Le risque de développer une hypertension artérielle, dans une cohorte de sujets jeunes, est apparu pour des valeurs d’uricémie inférieures à celles définies pour l’apparition de dépôts d’urate de sodium, avec une valeur seuil de 57 mg/L (342 µmol/L) chez l’homme et 45 mg/L (270 µmol/L) chez la femme.
Chaque augmentation de 10 mg/L de l’uricémie était associée à une augmentation du risque de syndrome métabolique de 30 % à 50 % et à un accroissement du risque de diabète de type 2 de 6 à 11 %.

Par ailleurs, la fréquence des comorbidités associées à l’hyperuricémie a augmenté depuis 20 ans, notamment les pathologies cardio-métaboliques et rénales, l’hyperuricémie pouvant être la cause ou la conséquence d’une comorbidité.
Quoi qu’il en soit, en cas d’hyperuricémie asymptomatique, les études observationnelles et les essais cliniques étant discordants, il n’est, pour, l’instant pas possible de recommander l’utilisation d’un traitement hypo-uricémiant car le rapport bénéfice/risque reste incertain. Le risque de développer ultérieurement une goutte (estimé à 50 %) doit en effet être confronté au risque thérapeutique cutané et cardiovasculaire des inhibiteurs de la xanthine oxydase.

En revanche, il est impératif de prendre en charge médicalement les comorbidités (arrêter les médicaments hyperuricémiants et privilégier les molécules hypo-uricémiantes).
Les ajustements du mode de vie se résument quant à eux, en cinq points : supprimer la consommation de bière avec ou sans alcool, les alcools forts et les sodas sucrés contenant du fructose ;
limiter la consommation de protéines animales et de quelques aliments riches en purines ; favoriser les laitages allégés ; autoriser le café et favoriser la consommation de vitamine C.
Si ces modifications thérapeutiques et du mode de vie ont un effet très modeste sur l’uricémie, elles gardent tout leur intérêt en termes de santé globale, étant donné les comorbidités fréquemment associées à l’hyperuricémie et à la goutte. Il faut également encourager l’arrêt du tabac et traiter les éléments du syndrome métabolique.

Ref : Chalès G. : Que faire devant une hyperuricémie asymptomatique ? Rev Rhum 2019 ; 86 : 139-146.