L’intérêt pour les troponines hs-cTnT et hs-cTnI est croissant. Ces biomarqueurs spécifiques d’une atteinte ou d’une souffrance myocardique semblent avoir plus géralement un potentiel dans l’évaluation du risque cardiovasculaire.
Au demeurant, le rôle respectif des dites troponines, hs-cTnT et hs-cTnI, dans ce domaine est mal défini : leurs performances sont-elles équivalentes ? Telle est la question à laquelle répond une étude de cohorte prospective réalisée en Ecosse qui s’est fixée deux objectifs :
1-  Rechercher des associations entre les taux sériques de ces biomarqueurs et le pronostic cardiovasculaire ;
2 - Préciser leurs déterminants au travers d’une approche GWAS (genome-wide association study), autrement dit une analyse pangénomique.
Les taux sériques de cTnT et de cTnIont été systématiquement dosés chez 19 501 sujets. La durée médiane du suivi a été estimée à 7,8 années.
Une relation entre chacune des troponines et les évènements suivants a été recherchée au moyen du modèle des risques proportionnels de Cox :
(1) complications cardiovasculaires regroupées (n = 1 177) ;
(2) décès d’origine cardiovasculaire (n = 266) ou liée à une autre cause (n = 374) ;
(3) insuffisance cardiaque (n = 216).
L’une est davantage associée au risque de maladie coronaire, l’autre à la mortalité non cardiovasculaire.Les taux de cTnI, mais non ceux de cTnT ont été significativement
associés au risque d’infarctus du myocarde et de maladie coronaire. Les deux troponines ont par ailleurs été étroitement associées à la mortalité cardiovasculaire et à l’insuffisance cardiaque.
En revanche, pour ce qui de la mortalité autre que cardiovasculaire, la cTnT est seule à lui être associée;
Sur le plan génétique, l’analyse pangénomique a permis d’identifier cinq loci associés à la cTnI et quatre loci différents ont été identifiés, correspondant à la cTnT.
Ces résultats confirment la non-équivalences des 2 formes. L’une semble plus étroitement associée à la mortalité cardiovasculaire et au risque de maladie coronaire, l’autre plus prédictive de la mortalité non cardiovasculaire.
Ces performances différentes pourraient bien avoir une base génétique qui n’est qu’approchée dans cette étude. Le rôle de chacune des deux troponines dans l’évaluation à visée pronostique au sein de la population générale mérite d’être mieux appréhendé avant toute utilisation en pratique courante et en recherche clinique.

Ref : Welsh P et coll. : Cardiac Troponin T and Troponin I in the General Population. Circulation. 2019 ; 139(24): 2754-2764.