L’hyponatrémie ou baisse du sodium sanguin est l’une des anomalies électrolytiques les plus fréquemment observées chez les enfants hospitalisés, en bas-âge, en particulier les petits nourrissons . L'une des principales conséquences est l'oedème cérébral. Sur ce terrain, elle est souvent asymptomatique en raison de la déformabilité du crâne mais des symptômes neurologiques, en particulier convulsions, sont possibles si la natrémie baisse vite. Grâce à l’identification de la cause il est possible de rétablir rapidement une pression osmotique intra et extra cellulaire normale. L’hyponatrémie peut résulter de plusieurs mécanismes. Le premier est l’hypovolémie par déplétion sodée (souvent iatrogène, due à la prise de diurétiques) conduisant à une baisse du débit sanguin. Le second est la sécrétion inappropriée et excessive d’ADH avec réabsorption d'eau par les reins, notamment en pathologie pulmonaire. Une autre cause est l’excès d’apports en eau par perfusion inadéquate. Enfin, les syndromes de perte de sodium urinaire sont la conséquence d’un déficit en minéralo-corticoïdes (l’aldostérone en particulier) ou d’une tubulopathie. A cet âge, le tubule rénal immature présente une résistance transitoire à l’aldostérone conduisant à des valeurs de référence de natrémie plus basses et de kaliémie (potassium sanguin) plus élevées.

Une étude rétrospective conduite à l’hôpital Robert Debré (Paris) a colligé les observations de 2012 concernant des enfants de moins de 100 jours avec une hyponatrémie inférieure à 130 mmol/L avant 31 jours et < 133 mmol/L entre 31 et 100 jours. Les ionogrammes s’accompagnant d’une hyperglycémie ou d’une hypertriglycéridémie ont été exclus, la natrémie ne reflétant pas l’osmolarité plasmatique.

Au total, 86 nourrissons (garçons 54, 62,7 %) étaient éligibles aboutissant à une prévalence de 4,3 % d'hyponatrémie significative. L’hyponatrémie était apparue à l’hôpital dans 74/86 cas ; 59 patients (69 %) étaient des prématurés (âge gestationnel 27,5 ± 4 SA). L’étiologie était iatrogène dans 26 cas (30 %) dont une administration de diurétiques (n = 17). Un déficit primaire de la voie des minéralo-corticoïdes était responsable de 3 cas par déficit de synthèse ou mutation du récepteur. Dans 23 cas transitoires (26,7 %) l’étiologie était un pseudo-hypoaldostéronisme secondaire à une pyélonéphrite.

Dans 12 cas (14 %) dont 6 bronchiolites, un syndrome de sécrétion inappropriée d’hormone antidiurétique était en cause ; les autres avaient une origine digestive (n = 3), une insuffisance rénale aiguë (n = 3), une insuffisance cardiaque (n=1). Les causes pouvaient être multifactorielles 26 fois (30 %). En médiane, l’hyponatrémie a été détectée à 19,5 jours chez les nourrissons à terme, 17 jours pour les prématurés. Les natrémies variaient entre 109 et 132 mmol/L, 28 fois au-dessous de 125 mmol/L. La majorité des cas étaient asymptomatiques ; un seul patient a eu des convulsions.

Cette série confirme que l’hyponatrémie est une anomalie électrolytique fréquente en néonatologie. La plupart des cas peuvent être prévenus par une prise en charge optimale.
Storey C et coll. : Hyponatremia in children under 100 days old: incidence and etiologies. Eur J Pediatr., 2019; 178: 1353-1361