Cancer de la prostate et infertilité masculine sont des affections fréquentes qui touchent respectivement entre 10 à 8 % de la population masculine.

Le lien entre désordres androgéniques, cancer de la prostate et infertilité, a déjà été évoqué par plusieurs études préalables.

La bibliographie a déjà relaté :

    3 études américaines qui ont montré un lien entre augmentation du cancer de la prostate et anomalies spermatiques (WALSH 2010, EKEMBERG 2004, ROSENBLATT 2001),
    d’autres études ont montré une diminution de survenue de cancers de la prostate chez des hommes sans paternité (JORGENSEN 2008, EISEMBERG 2011),
    une méta-analyse plus récente (MAO. Y. et coll. 2016) a confirmé ces données de la littérature.

Une étude a été réalisée en Suède, entre 1994 et 2012, à partir des registres nationaux de cancers et des registres d’assistance médicale à la procréation.

Le but de cette étude menée par Y. AL-JEBARI et coll. (Université de MALMÖ, Suède et Département d’Urologie de SOFIA, Bulgarie) était de comparer le risque de survenue de cancer de la prostate chez les hommes ayant présenté une infertilité et ayant  bénéficié d’une fécondation in vitro par rapport à un groupe témoin d’hommes, pères avec une conception spontanée. Les indications de l’ICSI reposaient sur des anomalies majeures de la spermatogénèse : oligo-asthéno-tératospermie sévère, cryptozoospermie, azoospermie. Les indications de la FIV comportaient principalement des cas d’infertilité féminine, plus ou moins associée à une infertilité masculine modérée. L'étude de grande envergure portait sur : 

    20.618 hommes pères après un traitement de fécondation in vitro « classique » (FIV),
    14.882 hommes pères après fécondation in vitro et ICSI (micro-injections intra-ovocytaires de spermatozoïdes),
    un groupe témoin de 1.145.990 hommes dont la paternité était survenue après une conception naturelle.

Dans le groupe dont les hommes ont été traités par assistance médicale à la procréation, on note une augmentation significative du risque de cancer de la prostate, en comparaison avec le groupe témoin de pères après conception spontanée.

Les résultats sur le plan statique sont significatifs (sans être spectaculaires) : hazardratio 1,64 pour les hommes ayant bénéficié d'ICSI et 1.66 de FIV.

Les auteurs ont également retrouvé une survenue plus précoce du diagnostic de cancer de la prostate, avec un âge moyen de 55 ans, notamment dans le groupe d’hommes ayant eu une paternité après ICSI vs 57,1 ans pour les hommes pères après une conception spontanée.

Pour les auteurs, ces données ont retrouvé une augmentation du cancer de la prostate de survenue plus précoce, lorsqu’ils ont bénéficié d’une paternité après fécondation in vitro et particulièrement après ICSI. Il serait donc légitime, dans ce groupe particulier, qu’une surveillance spécifique avec une information soit entreprise.

Ref : Risk of prostate cancer for men fathering through assisted reproduction : nationwide population based register study; Yahia Al-Jebari, Angel Elenkov, Elin Wirestrand, Indra Schütz, Aleksander Giwercman, Yvonne Lundberg Giwercman – BMJ 2019 ; 366:15214