Les relations entre la Covid-19 et les maladies inflammatoires auto-immunes sont nécessairement  compliquées. En effet, il est admis que la première peut dans ses formes graves s’accompagner d’une inflammation liée à un orage cytokinique, ce qui a conduit à tester certains médicaments contre l’inflammation (dont l’hydroxychloroquine et des anti Il6) dans cette maladie. D’autre part les pathologies inflammatoires auto-immunes  devraient, puisqu’elles sont inflammatoires, aggraver le pronostic d’une Covid sévère (sauf peut-être si elles sont traitées par les anti inflammatoires suscités) mais aussi favoriser l’infection par le SARS-CoV-2 en cas d’administration de biothérapies et d’immunosuppresseurs qui diminuent les défenses immunitaires…Un tableau à double entrée, avec risque d'augmentation de l'incidence et de la gravité. D'où l'intérêt d'une série prospective de 86 patients chez qui sont apparus des symptômes de Covid 19 (entre le 3 mars et le 3 avril 2020). Tous ces malades qui souffraient de diverses maladies auto-immunes : polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite ankylosante, rhumatisme psoriasique, psoriasis, MICI… recevaient des biothérapies et/ou des immunomodulateurs dont des anticytokiniques ou des traitements immunomodulateurs ou les deux.


Quatorze des 86 patients (16 %) ont dû être hospitalisés : ils étaient plus âgés que les autres et on notait parmi eux une plus grande proportion de polyarthrite rhumatoïde. Par ailleurs ils présentaient plus souvent d’autres comorbidités, diabète, HTA, BPCO. Fait notable, le pourcentage de patients recevant des biothérapies ou des inhibiteurs de JAK était plus important parmi les patients qui n’ont pas eu besoin d’être hospitalisés (55/72 [76 %] vs 7/14 [50 %]) ce qui est en faveur de l'intérêt de ces traitements (comme l'a suggéré une étude concernant le Tocilizumab). L’incidence globale des hospitalisations chez les malades qui recevaient des traitements au long cours a été de 11 %. Cependant, même après analyse multivariée, une corticothérapie orale (4/14 des patients hospitalisés [29 %] vs 4/72 ambulatoires [6 %]), la prise d’hydroxychloroquine (3/14 [21 %] vs 5 sur 72 [7 %]) et de méthotrexate (6/14 [43 %] vs 11/72 [15 %]) étaient plus fréquemment retrouvées parmi les patients qui ont dû être hospitalisés du fait d’un tableau d’hyperinflammation. Ceci se vérifiait toujours quand l’analyse était restreinte aux patients chez lesquels l’infection par SARS-CoV-2 était confirmée par RT-PCR et non pas seulement suspectée.

Parmi les 14 patients hospitalisés, 11 ont pu sortir de l’hôpital, deux y étaient toujours le 3 avril et un était décédé. Aucun de ces trois derniers plus sévèrement atteints ne recevait de biothérapie au long cours.

Malgré le petit nombre de patients inclus dans cette série, ces données suggèrent que l’incidence des formes inflammatoires de Covid-19 ne diffère pas de celle constatée dans la population générale et que le traitement par biothérapie n’aggrave pas l’évolution de l’infection à SARS-CoV-2. Néanmoins il semblerait opportun d’apporter aux cliniciens des précisions sur la prise en charge des maladies inflammatoires auto-immunes dans ce contexte

Ref : Haberman R et coll. : Covid-19 in Immune-Mediated Inflammatory.
Diseases — Case Series from New York. New Engl J Med., 2020; publication avancée en ligne le 29 avril. DOI: 10.1056/NEJMc2009567