Durant la période de pandémie et au plus fort de la crise, la grande majorité des Centres d’AMP dans le monde ont arrêté toute activité. En France l'ABM a intimé aux centre d'AMP d'arrêter leur activité qui n'a repris, sous conditions que depuis quelques semaines.

Les effets du COVID-19 sur la fertilité masculine et féminine restent en effet incertains. Depuis 3 mois, de nombreux articles sont parus, analysant les risques de transmission materno-fœtale, la présence de virus ou de récepteurs viraux au niveau du liquide folliculaire, des sécrétions vaginales, et chez l’homme au niveau testiculaire et du liquide séminal.

Chez l’homme, les les principales études ont été menées chez des patients infectés par le COVID :

- Soit par recherche de la co-expression ACE2 (récepteur cellulaire pour la protéine S de SARS-COV-2) et du récepteur TMPRSS2, qui permet l’amorçage de la protéine S, optimisant l’entrée de SARS-COV-2 dans la cellule,
- Soit par recherche directe de l’ARN viral par PCR dans le liquide séminal.
 

Une étude préliminaire avait préalablement porté sur l’analyse transcriptomique de cellules testiculaires et montré la présence de récepteurs ACR2 au niveau des cellules de LEYDIG, de SERTOLI et des spermatogonies dans le testicule humain. Cette protéine est une cible potentielle d’entrée du virus SARS-COV au niveau tissulaire et pouvait laisser craindre une atteinte virale au niveau du tractus génital masculin.

2 études ont cherché à retrouver la présence du virus dans le sperme :

- La première étude a été menée chez 34 patients ayant une infection à COVID-19. L’âge moyen des hommes était de 37 ans, avec un BMI de 25 kg/m². Le délai médian entre le diagnostic de l’infection et le recueil de sperme était de 31 jours. Sur 34 patients, 6 ont présenté une « sensibilité scrotale » notée en cours d’infection. L’étude n’a pas retrouvé la présence de virus au niveau du sperme.

- - La deuxième étude  a été menée entre le 31 janvier et 30 avril 2020 et s’est basée sur les analyses bio-informatiques récentes selon lesquelles l’angiotensin-converting enzym 2 (ACE2), cible du COV-19, pourrait être augmentée au niveau testiculaire. Les auteurs ont analysé les risques de transmission virale sexuelle d’origine masculine en recherchant la présence de l’ARN viral au niveau du sperme de 12 hommes atteints du COVID et au niveau testiculaire chez un patient décédé d’une infection de COV-19.

La confirmation de l’atteinte virale a été faite à partir de recherche par PCR  (prélèvements nasaux pharyngés) de l’ARN viral et des tests sérologiques. L’âge des patients variait entre 22 et 38 ans, l’étude tissulaire testiculaire a été réalisée après autorisation de la famille chez un patient âgé de 67 ans décédé. Chez les autres patients, les auteurs ne notaient pas de syndrome de dépression respiratoire majeur. Tous les patients ont bénéficié d’un traitement antiviral, 7 patients ont bénéficié d’une association à une antibiothérapie, 3 à une association à l’Interféron.

Les auteurs n’ont pas retrouvé de présence de virus (ARN viral par PCR) au niveau du sperme chez les 13 échantillons étudiés.

D’après les auteurs, ces données sont rassurantes quant au risque de contamination virale au niveau du sperme et au risque de présence au niveau testiculaire d’une pénétration virale du COV-19.

Concernant la présence de récepteurs et co-récepteurs au niveau du tractus génital, les 2 études montrait la rareté de cette situation : Sur 6.490 échantillons cellulaires examinés, seulement 4 cellules ont présenté la co-expression des récepteurs cellulaires ACE2 et TMPRSS2. la recherche était également négative chez le sujet décédé.

Cette étude rapporte néanmoins des données en faveur d'un impact faible de l'infection sur le tractus génital masculin, même si des phénomènes d’orchite concomitante à l’infection virale ont été rapportés, probablement liés au syndrome fébrile et à des mécanismes d’auto-immunité. Ces résultats sont donc très rassurants concernant le risque d'infection spermatique par le Sars Cov 2 et de transmission sexuelle ou congénitale. Il faut néanmoins noter que la grande majorité des tests ont été réalisés à distance de l’épisode d’infection active. Une étude significative portant également sur la phase d’incubation et la phase aigue serait très informative.

Ces études sont rassurantes mais n’excluent pas les mesures de précaution à prendre chez des patients infectés, notamment un délai de prise en charge en cas d’assistance médicale à la procréation, et la réalisation chez l’homme de recherches virales par PCR et sérologie.

Des recommandations de l’AFU (Association Française d’Urologie) en termes d’assistance médicale à la procréation seront prochainement publiées.
 

Ref : gyneco on line  Juin 2020; FENG Pan et coll. (Université de WUHAN, Chine et Center For Male Reproductive Medicine Cornel University – NEW YORK, USA) (fertil.steril. avril 2020); CI SONG et coll. (Département de Médecine de la Reproduction et d’Epidémiologie de NANGING et Hôpital de WUHAN, Chine) (Bio. Reprod. Avril 2020)