La prévalence du diabète de type 2 ne cesse d’augmenter à l’échelon mondial au point de représenter un fardeau cardiovasculaire majeur, du fait de ses complications macrovasculaires. La maladie coronarienne, l’artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI), les accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont ainsi à l’origine d’une lourde morbi-mortalité. La prévention primaire est prioritaire dans ce contexte : elle repose certes sur la prise en compte des principaux facteurs de risque cardiovasculaire, mais elle ne doit pas pour autant négliger tout ce qui peut majorer leurs effets. C’est le cas des dysthyroïdies qui sont particulièrement fréquentes au cours du diabète, notamment l’hypothyroïdie infraclinique dite aussi fruste. Caractérisée par une élévation des taux plasmatiques de TSH et la normalité de ceux de T3 et T4 libres, elle concernerait de facto 4 à 17 % des diabétiques, selon les séries. Selon certaines études, cette hypothyroïdie fruste pourrait aggraver le pronostic cardiovasculaire en influant sur le profil lipidique, la rigidité artérielle et la fonction endothéliale. Toutefois, la relation précise entre les taux de TSH et le risque de macroangiopathie fait encore largement débat. Une étude de cohorte rétrospective mérite à cet égard d’être rapportée sinon pour conclure, du moins pour alimenter le débat. 
Ont été inclus 305 patients, âgés de 25 à 90 ans, suivis entre 2017 et 2023 au sein d’un centre hospitalier affilié à l’Université Dalian (Chine). Dans tous les cas, il existait un diabète de type 2 confirmé et une hypothyroïdie fruste diagnostiquée selon les critères précédemment définis. Parmi les critères d’exclusion, figuraient principalement les pathologies thyroïdiennes autres ou spécifiques d’une étiologie donnée, les maladies auto-immunes, les cancers, l’alcoolisme, le tabagisme récent ou encore l’obésité morbide (IMC > 40 kg/m2).
Trois groupes ont été constitués en fonction des taux de TSH, l’hypothyroïdie étant jugée légère (TSH 4,34–6,9 mUI/L ; n = 237), modérée (TSH 7,0–9,9 mUI/L ; n = 47) ou sévère (TSH ≥10 mUI/L ; n = 21). La consultation des dossiers médicaux électroniques a permis de recueillir rétrospectivement les complications macrovasculaires suivantes : maladie coronarienne, artériopathie périphérique (AOMI), maladie cérébrovasculaire (AVC, accident ischémique transitoire). 
L’incidence des complications au cours du suivi a atteint 59,9 % dans le premier groupe, versus respectivement 80,9 % et 90,5 % dans les deux autres groupes (p < 0,001). Cette tendance a été observée pour chaque complication considérée individuellement, le seuil de signification statistique étant à chaque fois atteint. L’association est cependant plus étroite pour ce qui est de la maladie coronarienne et de l’AOMI.
Si l’on raisonne en termes de risque, ou plutôt d’odds ratio (OR), par rapport à l’hypothyroïdie légère, l’incidence des complications macrovasculaires est multipliée par plus de quatre en cas de forme modérée et par un peu plus de six en cas de forme jugée sévère. Outre les valeurs élevées de TSH, deux autres variables sont associées au pronostic cardiovasculaire : un âge de 65 ans ou plus et le sexe masculin. 
Cette étude rétrospective plaide donc en faveur de l’hypothèse d’un lien graduel entre taux de TSH et complications macrovasculaires au cours du diabète de type 2. Il semble exister un effet dose-réponse conditionné par la sévérité de l’hypothyroïdie fruste, surtout pour ce qui est de la maladie coronarienne et de l’AOMI, a fortiori en cas d’âge avancé ou de sexe masculin. Des résultats qui rejoignent certaines méta-analyses montrant une surmortalité cardiovasculaire en cas de TSH >10 mUI/L, tout en contrastant avec d’autres études qui n’ont pas retrouvé de lien robuste. 


Ref :Mahmud NMM, Jagdewsing DR, Ji X, et al. Association Between Different Thyroid-Stimulating Hormone Levels and Macrovascular Complications in Subclinical Hypothyroidism Patients With Type 2 Diabetes Mellitus. Cureus. 2025 Feb 17;17(2):e79186. doi: 10.7759/cureus.79186

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