Les infections invasives à streptocoque A définies par l’infection d’un site normalement stérile (sang, LCR, articulation), constituent une cause importante de morbidité et mortalité dans le monde entier. L’impact des infections invasives à streptocoque A a été mis en lumière en 2022-2023, à l’occasion d’une poussée de fréquence après plusieurs années d’activité basse et immédiatement après l’épidémie de SARS-CoV-2. Cette élévation de la fréquence pourrait être en relation avec une baisse de l’immunité de groupe, l’émergence de lignées emm1 plus virulentes, une augmentation de la fréquence de la colonisation coïncidant avec les pics d’infections virales saisonnières. Les enfants et adolescents semblent particulièrement à risque avec un taux de transfert important en service spécialisé et d’empyèmes.
Des auteurs écossais ont mené une étude rétrospective (2003-2023), multicentrique, concernant les enfants âgés de moins de 15 ans, hospitalisés en réanimation (Edimbourg, Glasgow) ou décédés du fait d’une infection invasive à streptocoque A. Les patients ont été identifiés en croisant les admissions en unité de soins intensifs et les données dU réseau de surveillance clinique écossais.
Au total, 82 cas d’infection à streptocoque A menaçant le pronostic vital ont été identifiés sur la période de 10 ans. Parmi eux, 20 enfants sont décédés (24 %), l’un après la sortie de l’hôpital, 19 avant l’admission en soins intensifs, soit aux urgences, soit dans un hôpital ne disposant pas de service de réanimation. Près de la moitié des patients décédés (45 %) avaient été vus au préalable en soins primaires ou secondaires. A l’aide des données de santé publique pendant la même période 15 autres décès ont été identifiés, correspondant à une sous-estimation de 25 % de la mortalité.
Le taux des décès et des admissions a chuté de façon marquée en 2020-2021. Pendant les saisons 2013 à 2019, la moyenne des admissions en soins intensifs était de 5,6 et de décès de 2,3 par saison. En 2020-2021, il n’y eut qu’une admission et aucun décès. En 2022-2023, les taux d’infections à streptocoque A menaçant le pronostic vital a augmenté brusquement avec 17 admissions en soins intensifs et 4 décès soit 1,91/105 et 0,45/105 en comparaison du risque corrigé pré-pandémique (2013-2019) de 0,61/105 et du risque de décès de 0,24/105. Au total, les admissions ont augmenté en 2022-2023 en comparaison des années 2013-2019 même si le taux des décès est resté dans les limites attendues.
Entre les patients décédés et ceux ayant survécu, les 2 principales différences étaient le milieu social défavorisé et le délai important avant hospitalisation qui grèvaient le pronostic vital.
Le rôle des diagnostics par les méthodes moléculaires doit être souligné. Dans 8 cas (9,8 %), l’infection invasive à streptocoque A a été confirmée par une technique ne reposant pas sur la culture.
En 2015, le diagnostic a été fait par RT-PCR sur le liquide pleural et pour 5 par séquençage du 16S rRNA. En 2022-2023, 2 diagnostics parmi les 17 posés l’ont été par les méthodes moléculaires impliquant que ces cas auraient été ignorés plus tôt dans la période d’étude. Parmi les 21 cas d’infections sévères de 2022-2023, 15 (71 %) souches de streptocoque étaient de génotype emm1 (parmi plus de 150 génotypes différents, l’emm1 étant le plus fréquent au cours des infections invasives), une proportion qui contraste avec les 39 % des années pré-2020. Le second génotype en termes de fréquence était l’emm12.
Les coinfections virales étaient fréquentes. Parmi celles-ci, les rhinovirus arrivaient en tête avec 18 positifs sur 63 tests (28,6 %) suivis des métapneumovirus (16/61 ; 26,2 %). Le point le plus notable était l’augmentation des métapneumovirus, atteignant 52,9 % en 2022-2023 contre 33,3 % en 2021-2022 et 11,2 % avant 2020. Les tests de dépistage du SARS-CoV-2 disponibles à partir de mars 2020 n’ont montré aucun cas positif sur 27 tests.
Dans l’ensemble, les patients souffrant d’une coinfection avec un virus respiratoire étaient plus sévèrement atteints à l’admission.
En conclusion, la poussée épidémique d’infections à streptocoques A de 2022-2023 a été marquée par un nombre plus élevé de formes sévères mais le même nombre de décès. La présentation de ces formes sévères était essentiellement respiratoire avec une augmentation des isolats emm1. La fréquence des coinfections virales doit être soulignée. L’accès au diagnostic par biologie moléculaire est capital permettant d’identifier des cas qui auraient été méconnus. Une identification plus précoce des formes sévères devrait améliorer le pronostic qui comporte encore un taux de mortalité aux alentours de 24 %.
Ref : Holdstock V, Heppenstall E, Corrigan D, et al. National 10-year Cohort Study of Life-threatening Invasive Group A Streptococcal Infection in Children, 2013-2023. Pediatr Infect Dis J. 2025 Oct 1;44(10):925-930.
