Quel est l’intervalle idéal à respecter entre 2 dons de sang ? Cette question n’a jamais été abordée dans aucun essai randomisé. Cet intervalle varie selon les pays, de 12 semaines pour les hommes et 16 pour les femmes au Royaume-Uni à 8 semaines pour femmes et hommes aux Etats-Unis. En France, le délai minimum est de 8 semaines, mais les dons sont limités à 4 par an pour les femmes et 6 pour les hommes.

Si globalement la demande de produits sanguins a diminué au cours des années, il arrive que certains groupes particuliers viennent à manquer. Réduire l’intervalle entre les dons pourrait permettre d’améliorer les stocks. Encore faut-il que cela ne nuise pas à la santé des donneurs ni n’altère la qualité des produits prélevés.

Le premier essai randomisé sur ce thème vient d’être réalisé au Royaume Uni et ses résultats publiés par le Lancet. Plus de 45 mille donneurs ont été randomisés, selon des intervalles de dons différents. Pour les hommes, l’intervalle pouvait être de 12 semaines, 10 semaines ou 8 semaines, et pour les femmes de 16 semaines, 14 ou 12 semaines. L’objectif de l’étude était de comparer le nombre d’unités collectées dans chaque groupe pendant les 2 ans d’observation. Les dons étaient refusés si l’hémoglobine était inférieure à 13,5 g/l pour les hommes et 12,5 g/l pour les femmes.

Sans trop de surprise, un délai plus court augmente significativement le nombre de dons, avec 1,69 unité supplémentaire sur 2 ans pour les hommes du groupe prélèvements toutes les 8 semaines et 0,79 unités pour ceux du groupe toutes les 10 semaines, en comparaison avec l’intervalle de 12 semaines. Pour les femmes, l’augmentation est de 0,84 unités pour celles du groupe de prélèvements toutes les 12 semaines et 0,46 unités pour celles du groupe toutes les 14 semaines en comparaison avec les dons avec intervalles de 16 semaines.

Les résultats sont en revanche plus nuancés en ce qui concerne la sécurité des dons plus rapprochés. En effet, si aucune différence n’est retrouvée en termes de qualité de vie, d’activité physique ou de fonctions cognitives, les dons plus rapprochés sont associés à une augmentation des symptômes tels que fatigue, manque de souffle, sensations de faiblesse, vertiges ou jambes sans repos, décrits plus particulièrement chez les hommes. La réduction des intervalles se traduit, en 2 ans, par une baisse de 1 à 2 % du taux d’hémoglobine, mais surtout de 15 à 30 % de celui de ferritine.

Ceci indique, d’une part, que le dosage de la ferritinémie a une sensibilité supérieure à celle du taux d’hémoglobine pour l’évaluation des réserves de fer. Certains centres de transfusion l’ont déjà adopté et procèdent à une gestion individualisée des donneurs.

Il apparaît aussi qu’en cas de forte demande, les centres de transfusion sanguine du Royaume-Uni peuvent réduire les intervalles entre les collectes, à 8 semaines pour les hommes et 12 semaines pour les femmes, mais au prix d’un déficit sérique si ce rythme est tenu sur 2 ans. Notons que dans cette étude, un tiers des hommes du groupe prélevé toutes les 8 semaines et des femmes du groupe prélevé toutes les 12 semaines se sont vus récusés au moins une fois pour taux bas d’hémoglobine. En revanche, quand les stocks sont suffisants, les prélèvements peuvent être espacés pour éviter l’effet cumulatif des dons sur les réserves de fer et les symptômes associés.

Une gestion plus souple des dons, avec des prélèvements plus fréquents en cas de forte demande et sous couvert d’une surveillance individualisée, semble donc possible.

Ref : Di Angelantonio E et coll. : Efficiency and safety of varying the frequency of whole blood donation (INTERVAL): a randomised trial of 45?000 donors. Lancet, 2017 ; publication avancée en ligne le 20 septembre. doi.org/10.1016/S0140-6736(17)31928-1

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