Alors que le diagnostic pré-natal non invasif (DPNI) a pris une part importante au détriment de l’amniocentèse pour le dépistage des anomalies fœtales, l’équipe française du SAFE 21 (AP-HP/Université Paris-Descartes) s’est interrogée, dans une étude prospective randomisée, sur le taux de fausses couches avec l’une ou l’autre technique et en cas de risque de  trisomie 21. Ces travaux ont été menés en collaboration avec le Collège Français d’Échographie Fœtale (CFEF) et le Groupe de Recherche en Obstétrique et Gynécologie (GROG).

 

Cet essai randomisé national SAFE 21 a été mené dans 57 centres français entre 2014 et 2016 et a inclus 2 051 femmes à risque de trisomie 21 (risque supérieur à 1/250 évalué par le dépistage combiné basé sur l'âge de la mère, la clarté nucale et le dosage de marqueurs sériques).

 

Elles ont été réparties aléatoirement en deux groupes : 1 017 ont eu une amniocentèse ou choriocentèse pour la réalisation du caryotype fœtal et les 1 034 autres ont eu une prise de sang pour analyse de l’ADN fœtal circulant, suivi, en cas de résultat positif, d'une amniocentèse ou d'une choriocentèse afin de confirmer le diagnostic (risque de faux-positifs).

 

Ainsi dans le groupe DPNI, 0,8 % de fausses couches ont été comptabilisées sans qu’aucune ne soit consécutive à l’amniocentèse. Quatre vingt-quatre femmes avaient un DPNI positif (8,3 %), et la trisomie 21 a été confirmée dans 27 cas sur le caryotype. Cinquante-cinq DPNI positifs n’ont pas été confirmés par l’amniocentèse (faux positif du DPNI 5,6 %).

 

Dans le groupe « invasif », le taux de fausses couches a été identique. Quarante-neuf cas d’altération génétiques ont été comptabilisés (5 %), dont 11 (1,1 %) autres qu’une trisomie 21, l’amniocentèse pouvant seule détecter plus d’anomalies chromosomiques.

 

Les taux de fausses couches avant la 24e semaine (critère principal de l’étude) étaient similaires dans les 2 groupes (0,8 %), donc pas d’avantage au DPNI qui en plus ne détecte pas toutes les anomalies chromosomiques.

 

-Sensibilité de 100 % pour la trisomie 21 avec le DPNI : toutes les trisomies 21 ont été détectées, le caryotype ayant toujours confirmé le résultat.
-Délai de rendu de résultats avec le DPNI est en moyenne de 13 jours (non précisé avec l’amniocentèse).

-Le taux d’anomalies détectées : l’amniocentèse a permis de repérer des mutations génétiques autres que la trisomie 21 dans 11 des grossesses, anomalies qui n’auraient pas été détectées par DPNI (sans renseignements sur le type d’anomalies et les conséquences potentielles pour l’enfant). Le test ADN ne dépiste pas toutes les anomalies mais seulement les principales aneuploïdies fœtales (trisomies 21, 18 et 13).

 

-Risque de fausses couches induites par le geste invasif : le taux actuel de fausses couches induites est d’environ 0,2 %. Les complications septiques bien qu’exceptionnelles existent également.

 

Au final, le DPNI est fiable, simple, indolore, rapide. De plus en plus de femmes, même non à risque souhaitent le réaliser pour se rassurer. Maintenant, il n’est pas parfait, et ne détecte que les trisomies 21, 18 et 13.

 

De plus, cet article ne parle pas des cas plus difficiles : grossesse multiples, jumeau évanescent…

 

Les patientes doivent être informées des différents risques des techniques, certes minimes, mais présents.

 

Ref : Malan V et coll. : Effect of Cell-Free DNA Screening vs Direct Invasive Diagnosis on Miscarriage Rates in Women With Pregnancies at High Risk of Trisomy 21: A Randomized Clinical Trial.JAMA. 2018; 320 : 557-565. doi: 10.1001/jama.2018.9396.