Une large étude prospective conduite à Philadelphie et publiée dans la revue « JAMA Oncology » montre l’utilité de la biopsie liquide chez les patients ayant un cancer bronchique non à petites cellules métastatique. L’ajout du test sanguin (Guardant Health, 73 gènes) à la biopsie tumorale permet de révéler davantage de mutations pour proposer un traitement personnalisé  avec un impact clinique significatif.

Le développement des thérapies ciblées a révolutionné la prise en charge de certains cancers, notamment le cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC) qui représente le cancer du poumon le plus frequent (85 %). En effet, il est souvent possible de détecter dans ce cancer des mutations « actionnables ou ciblables ». 

Certaines mutations ont une implication directe pour la sélection du traitement. Par exemple, si un patient est porteur d'une mutation du gène KRAS, il ne répondra pas à certains médicaments. De plus, il existe de nombreuses mutations, telle que EGFR L858R, pour lesquelles il existe  des thérapies ciblées, c’est-à-dire des médicaments pouvant cibler directement la mutation.

Le séquençage génétique d’une biopsie tumorale a été la référence absolue pour détecter des mutations dans les tumeurs des patients atteints de cancer du poumon. Cependant, il est souvent difficile voire impossible d’obtenir une biopsie tumorale, notamment lorsque la tumeur primitive ou la métastase est peu accessible. Les résultats de l’équipe américaine montrent que l’ajout d’une biopsie liquide - un test de séquençage de nouvelle génération (NGS) qui détecte dans la circulation sanguine des ADN tumoraux - peut presque doubler la sensibilité de détection des mutations. En conséquence, les patients qui ne pouvaient pas avoir de biopsie tissulaire invasive, peuvent bénéficier désormais d'une seconde option pour détecter des mutations pour lesquelles des thérapies ciblées sont disponibles.

L’étude prospective porte sur 323 patients atteints de CBNPC métastatique, enrôlés à l’hôpital universitaire de Philadelphie entre avril 2016 et janvier 2018. Tous ont subi une biopsie liquide (Guardant Health, 73 genes) prescrite systématiquement chez ces patients pour répondre à cette simple question : les biopsies non invasives augmentent-elles le nombre d’options thérapeutiques potentiellement efficaces pour nos patients ?

Très majoritairement, les patients dont les traitements ont été sélectionnés sur la base de la biopsie liquide ont généralement obtenu une réponse clinique positive :Globalement, des mutations ciblables (EGFR, ALK, MET, BRCA1, ROS1, RET, ERB2, ou BRAF) ont été détectées chez 113 des 323 patients (35 %). Sur les 323 patients, 94 patients (29 %) ont bénéficié de la pratique d'une biopsie liquide, en raison d’une préférence du patient ou du médecin, et des mutations ciblables ont été détectées chez 31 patients (33 %), rendant ainsi inutile le recours à une biopsie invasive.

Chez les 229 autres patients, qui ont eu à la fois une biopsie liquide et une biopsie NGS tissulaire (n = 128) ou qui n’ont pas pu avoir de biopsie tissulaire (n = 101), une mutation a été détectée seulement par la biopsie tissulaire chez 47 patients (20 %), tandis que l’ajout de la biopsie liquide a permis de détecter une mutation ciblable chez 82 patients (36 %), doublant presque ainsi le nombre de patients identifiés avec une mutation ciblable.

Au final, 67 patients ont reçu une thérapie ciblée qui a été guidée par la biopsie liquide seule (n = 47) ou par les deux biopsies liquide et tissulaire (n = 20). 42 d’entre eux ont été évalués pour leur réponse clinique, et 36 (85 %) ont obtenu une réponse complète (n = 1), une réponse partielle (n = 19), ou une stabilisation du cancer (n = 16).

Ces résultats montrent que la biopsie liquide augmente la détection des mutations que nous pouvons cibler et améliore les résultats cliniques pour les patients. Si l’on considère en outre que la biopsie liquide est moins invasive et peut être parfois la seule option pour les patients, l'impact clinique est très clair et prouve la valeur ajoutée de la biopsie liquide.

Même si la biopsie tissulaire solide reste essentielle pour un diagnostic précis, la biopsie liquide peut aussi bien être utilisée en appoint qu’offrir une alternative viable lorsque les biopsies solides ne sont pas réalisables.

Pour les chercheurs, étant donné la rapidité avec laquelle les thérapies ciblées évoluent, c’est un test qui devrait être intégré systématiquement dans le traitement standard dans d’autres cancers, comme le cancer colorectal, le cancer de la prostate…

Le projet de cette équipe est l'utilisation de la biopsie liquide pour surveiller les patients ayant des nodules pulmonaires et donc à risque accru de développer un cancer du poumon, ainsi que pour prédire la réponse aux inhibiteurs de point de contrôle immunitaire. 

Ref : JAMA Oncology, 11 octobre 2018, Aggarwal et coll., Gyawali et coll