La lipoprotéine(a) (Lp(a)) est un facteur de risque d’athérosclérose bien établi en prévention primaire, mais son rôle en prévention secondaire est moins documenté, alors que des thérapeutiques spécifiques pourraient être proposées. Dans ce contexte, l’étude de la Family Heart Database récemment publiée dans l’European Heart Journal apporte un éclairage intéressant.
Cette étude d'envergure regroupe plus de 270 000 patients présentant une maladie athéroscléreuse avérée et une mesure de Lp(a), avec un suivi médian supérieur à cinq ans. La distribution des niveaux de Lp(a) reflète ce que l’on avait déjà observé dans des études précédentes : Des valeurs plus élevées chez les femmes et chez les patients afro-américains. Durant le suivi, environ 15 % des patients ont présenté un nouvel événement cardiovasculaire majeur (SCA, AVC, ou revascularisation).
L’enseignement majeur est la relation régulière et progressive entre le niveau de Lp(a) et le risque de récidive. Le risque commence à s'élever dès des concentrations légèrement augmentées (15-79 nmol/L, +4%), puis se majore progressivement (80-179 nmol/L, +15%), pour atteindre un excès de risque d'environ 45 % chez les patients avec Lp(a) ≥ 300 nmol/L. Cette relation est constante, quel que soit le sexe, l’origine ethnique, le phénotype de la maladie athéroscléreuse initiale ou la présence d’un diabète. La Lp(a) apparaît donc comme un déterminant indépendant du risque résiduel. L’analyse des traitements hypolipémiants laisse penser que chez les patients bénéficiant d’une stratégie lipidique intensive (statines fortes doses, associations, PCSK9i), l’excès de risque lié à des taux élevés de Lp(a) serait moins marqué.
En pratique, ces résultats rappellent que la Lp(a) reste un facteur de risque important en prévention secondaire, souvent sous-estimé dans l’évaluation du risque résiduel. Ils plaident pour un dosage plus systématique chez les patients ayant une maladie athéroscléreuse avérée, en particulier lorsque le LDL-C est bien contrôlé mais que le risque cardiovasculaire demeure élevé du fait des taux de Lp(a). Ils renforcent aussi l'intérêt des traitements actuellement en développement ciblant spécifiquement la Lp(a), dont les résultats pourraient, à terme, modifier notre stratégie de prise en charge dans cette population.

Ref : MacDougall DE, Tybjærg-Hansen A, Knowles JW, et al. Lipoprotein(a) and recurrent atherosclerotic cardiovascular events: the US Family Heart Database. Eur Heart J. 2025 Nov 21;46(44):4762-4775. doi: 10.1093/eurheartj/ehaf297.

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