Longtemps cantonnées à la recherche fondamentale, les études menées en microgravité ouvrent aujourd’hui des perspectives thérapeutiques majeures. L'espace, l’apesanteur et la microgravité en général sont des sources potentielles d’avancées thérapeutiques rarement évoquées, bien que leurs applications potentielles dans de multiples domaines soient aujourd’hui envisageables d’ici peu d’années. Développement de médicaments, modélisation du vieillissement cellulaire, thérapies régénératives : Tout porte à penser que les bénéfices seront considérables et révolutionneront les méthodes de traitement terrestres traditionnelles. En voici quelques points forts évoqués lors d’une séance thématique de l’Académie de pharmacie, le 14 janvier dernier.
De fait, les données des recherches menées tant au sein de la station spatiale internationale, dans les avions 0 G, ainsi que grâce aux techniques dénommées "immersion sèche" - une méthode simulant la microgravité en plongeant un sujet dans un bain d'eau thermostaté, isolé par une bâche étanche -, constituent déjà un corpus très prometteur. Cela permet d’étudier les modifications physiologiques des organismes vivants, ou encore de développer de nouveaux médicaments. En effet, en étudiant les différences de fonctionnement d’organoïdes cardiaques ou cérébraux - qui représentent des modèles plus physiologiques que des cultures cellulaires classiques terrestres -, on identifie de nouvelles cibles thérapeutiques.
Ces études de l'espace permettent aussi une meilleure connaissance de certains processus essentiels, comme le vieillissement cellulaire : on sait, en effet, depuis longtemps que les systèmes biologiques subissent dans l'espace une maturation et des processus de vieillissement beaucoup plus rapides que sur Terre. Le versant principal des recherches vise à explorer les mécanismes impliqués dans le vieillissement vasculaire/endothélial, dont on sait qu’il est fortement accéléré en microgravité, avec l’espoir d’identifier de nouvelles voies impliquées dans ce dernier et de pouvoir proposer ensuite de nouvelles stratégies thérapeutiques pour protéger le vaisseau sanguin. L’envoi dans l’espace espéré en 2027-2028 de cellules progénitrices endothéliales aura pour objectif d’étudier l’impact de la microgravité sur le maintien de leur capacité régénérative, d’autant que des travaux antérieurs ont conduit à penser que ces cellules pourraient bénéficier d’un séjour en microgravité favorisant une augmentation de leur pluripotence. L'espoir des chercheurs est d'améliorer le traitement sur Terre de diverses pathologies, comme l’artérite des membres inférieurs, la fibrose pulmonaire idiopathique, voire peut-être la BPCO ; des maladies s’accompagnant toutes d'atteintes vasculaire
De nombreux enseignements sont aussi à tirer du comportement des cellules cancéreuses chez lesquelles la prolifération peut être augmentée ou diminuée selon le type de cancer. Les cultures cellulaires 3D peuvent révéler de nouvelles voies de signalisation lorsqu’elles croissent en microgravité. Enfin, ces recherches peuvent aussi aboutir à l’amélioration de produits déjà connus, notamment en ce qui concerne le degré de pureté ou l'obtention de nouvelles structures cristallines impossibles à obtenir sur Terre. 
La microgravité permet en outre notamment de faire des expériences en l’absence de convection thermique, de sédimentation/stratification, de pression hydrostatique et avec un contact réduit avec les parois des récipients. En pratique, cela permet, par exemple, d’obtenir des microstructures impossibles à réaliser sur Terre, comme de plus gros cristaux de protéines, plus ordonnés et plus homogènes - concernant notamment des anticorps monoclonaux - avec comme application la mise au point de formes sous-cutanées remplaçant des formes intraveineuses.
Enfin d'autres travaux en pharmacologie concernent la préparation de suspensions colloïdales cristallines de faible viscosité et de forte concentration, l’amélioration de la stabilité des préparations avec réduction des stabilisants et la formation spontanée de micro-encapsulations nanométriques. 

Ref : Egora.fr  Paris Cardiovascular Research Center 13/03/26