La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire chronique de l’intestin qui touche 0,4 % de la population en Europe, dont les origines font intervenir des composantes à la fois génétiques et environnementales. On sait ainsi qu’il existe des modifications des fractions bactérienne du microbiote intestinal chez les sujets atteints. Mais qu’en est-il des virus, et en particulier des bactériophages, ces virus qui infectent les bactéries ? Pour le savoir, des chercheurs français (Inrae, Sorbonne Université, AP-HP) se sont intéressés au virome sanguin, qui a longtemps été considéré comme devant être stérile. 2 raisons pour cela : Tout d'abord le virome intestinal est d’une telle diversité que 2 personnes ont rarement des espèces en commun, rendant la comparaison des communautés virales impossible. En outre, du fait que la maladie de Crohn rend la paroi intestinale plus perméable, cela pourrait faciliter le passage de virus dans le sang et rendre possible cette étude.
L’équipe de recherche a analysé les échantillons sanguins provenant de 15 patients atteints de la maladie de Crohn et 14 sujets sains. Ils ont alors tout d’abord pu montrer un premier résultat majeur : il existe bien un virome sanguin, même chez les sujets sains. Ce virome sanguin est beaucoup plus petit que le virome intestinal : environ 100 000 virus par mL de plasma, contre environ un milliard de virus par gramme de fèces. Et ce, dans les deux groupes. Il contient surtout des bactériophages - avec environ 150 espèces différentes en moyenne par individu - , et très peu de virus humains (surtout des anellovirus, non pathogènes).
Autre résultat, les chercheurs ont mis en évidence une signature virale de la maladie de Crohn. Il existe en effet des différences d’espèces de bactériophages entre les sujets sains et les patients atteints de maladie de Crohn. En particulier, chez les malades, il n’existe quasiment pas de bactériophages infectant les bactéries du genre Acinetobacter et au contraire, beaucoup de phages infectant des espèces typiques de l’intestin. Alors que c’est l’inverse chez les sujets sains. Cela pourrait être lié à un passage plus important de certains virus depuis le microbiote intestinal, dû à la perméabilité intestinale causée par la maladie.
Ces nouvelles données "ouvrent la voie à de nouvelles perspectives de recherche, que ce soit au niveau de l’étude du passage de la barrière intestinale par les bactériophages, l’analyse d’échantillons de sang avec une cohorte plus large de patients en fonction de l’état de la maladie ou des travaux pour expliquer la présence de virus dans le sang malgré le travail du système immunitaire", concluent l’Inrae dans un communiqué accompagnant la parution de ces travaux dans la revue Gastroenterology.
Réf : Lamy-Besnier Q., Theodorou I., Sokol H. et al. (2025). The human blood virome differs in Crohn's disease. Gastroenterology, DOI: https://doi.org/10.1053/j.gastro.2025.10.007
