L'effet de l'élévation de la progestérone au déclenchement (EPhcg) a fait l'objet de plus de 60 publications, avec des résultats contradictoires. La fréquence de EPhcg elle-même est difficile à évaluer en raison de la diversité des kits de dosage utilisés, et des seuils proposés. Toutefois, la méta-analyse de Venetis en 2013, portant sur plus de 60.000 cycles de FIV parait confirmer l'effet négatif de EPhcg sur le résultat de la FIV, et le seuil le plus communément admis est de 1,5 ng/ml.

EPhcg n'est pas liée à une lutéinisation prématurée, mais à la sécrétion de la granulosa des follicules matures; elle reflète donc le niveau de stimulation ovarienne, et est positivement corrélée au taux d'estradiol et au nombre d'ovocytes. Elle semble en relation directe avec la dose totale de FSH utilisée au cours du cycle, mais n'est  influencée ni par le protocole ni par l'utilisation de LH ou d'HMG.

L'impact négatif de EPhcg sur les résultats de la FIV s'observe à la fois pour le transfert d'embryons clivés et de blastocystes et dans tout le spectre de la réponse ovarienne. Ni le CFA, l'âge, l'IMC, la cause de l'infertilité, le bilan hormonal de base ou les résultats des stimulations antérieures ne permettent de prédire EPhcg, à l'exception du taux de progestérone en phase folliculaire précoce. La réduction du taux de grossesse semble liée à un effet endométrial : asynchronisme de maturation et altération de l'expression des gènes endométriaux. La qualité ovocytaire/embryonnaire ne parait pas affectée, comme en témoignent les résultats de transferts d'embryons congelés provenant du même cycle.

Une étude rétrospective uni-centrique a porté sur 5447 cycles de FIV en stimulation conventionnelle, chez 2192 patientes entre 2009 et 2015. Tous les dosages de progestérone ont été réalisés dans le même laboratoire. Les stimulations ovariennes comprenaient des protocoles antagoniste, agoniste lutéal ou agoniste court, avec HMG ou FSH +/- LH, un déclenchement par choriogonadotropine (Ovitrelle), un transfert embryonnaire à J2-J3 ou J5 et un support lutéal par Progestérone vaginale.

Le critère principal est le taux de naissance vivante, et un modèle mixte non linéaire comportant une régression logistique évaluant ce critère comme variable dépendante a été utilisé. Ce modèle permet d'ajuster en fonction des principaux indicateurs pronostic (Age, IMC, AMH, type d'infertilité, Phcg, nombre d'ovocytes, dose de FSH totale). Le résultat est un effet non-linéaire hautement significatif, traduit par une courbe en U inversé, comportant une valeur optimale à 0,8 ng [0.71-0.86], et une forte décroissance à la fois pour les valeurs hautes et basses. Le seuil de 1,5 ng/ml est effectivement significatif mais ne se justifie pas par une discontinuité dans la courbe, et seuls 5,9% des cycles sont concernés. Plus intéressante est la diminution moyenne  du taux de naissance de 34% (OR = 0,66, 0,56 à 0,77) observée hors de l'intervalle 0,5-1,1 ng/ml, ce qui représente 33,8% de l'échantillon. Le taux de naissance est évidemment dépendant du nombre d'ovocytes, mais ce n'est pas le cas de l'effet de la progestérone qui est identique quel que soit le recueil ovocytaire. 

Dans cette base de données, le taux de progestérone et le nombre d'ovocytes recueillis ne présentent qu'une faible corrélation positive, en raison d'une grande dispersion des valeurs, et la même constatation est faite pour la corrélation progestérone/estradiol.

En conclusion, la progestérone au déclenchement présente un effet non linéaire sur les taux de naissance, avec une valeur optimale à 0,8 ng/ml et un effet négatif pour les valeurs inférieures et supérieures. Le seuil communément accepté de 1,5 ng/ml parait arbitraire et peu sensible. Étant donné que le modèle est indépendant du nombre d'ovocytes récupérés, il peut constituer une aide à la décision entre transfert frais ou freeze-all, et pose la question de la supplémentation en progestérone dans les valeurs basses.  

Ref : P. Arvis Gyneco on line Janvier 2019