Les résultats d’une enquête menée par le ResOMEDIT concernant le respect de l’obligation de réaliser un dosage sanguin de l’uracile avant tout traitement par le fluorouracile (5-FU) viennent d’être publiés. Cette molécule est un anticancéreux de la famille des fluoropyrimidines.
Le dosage de l’uracilémie a pour objectif de détecter les patients chez lesquels l’enzyme appelée DPD (dihydropyrimidine déshydrogénase) est absente ou insuffisante. Ce déficit enzymatique est rare, mais potentiellement dangereux lors de l’administration de 5-FU, car cette enzyme est essentielle pour l’élimination de cette chimiothérapie par l’organisme. En cas de déficit en DPD, le médicament peut s’accumuler et provoquer des effets indésirables graves, voire mortels. C’est pourquoi, depuis 2019, un dosage sanguin de l’uracile au laboratoire est obligatoire avant toute première prescription de 5-FU. La mise en évidence d’un déficit en DPD nécessite alors une adaptation de la posologie en cas de déficit partiel, ou contre-indique le traitement en cas de déficit total.
C’est à la suite d’alertes de patients que la Direction générale de la santé (DGS) a décidé de lancer fin 2024 une enquête nationale pour vérifier l’application de cette mesure dans les hôpitaux. Cette enquête, réalisée entre septembre et novembre 2024, a recueilli les réponses de 489 établissements sur l’organisation du dépistage, toutes les régions et tous les territoires d’outre-mer ayant participé. 
Les résultats sont rassurants puisqu’il apparaît que 86 % des patients ont bénéficié d’un dosage d’uracilémie et, dans 82 % des cas, le résultat du dosage a été rendu avant la première cure. Aucun patient porteur d’un déficit total en DPD n’a reçu de 5-FU durant la période étudiée et la posologie a été adaptée pour 86 % des patients présentant un déficit partiel. On peut en conclure que la grande majorité des établissements respectent cette obligation de dépistage. 
Néanmoins, l'application de ces mesures est loin d'être exhaustive et des pistes d’amélioration ont été identifiées pour renforcer la sécurité des patients. Par exemple, plusieurs freins ont été identifiés au sein des établissements de santé : 37 % ne disposent pas de message d’alerte dans leurs logiciels de prescription ou de dispensation ; 40 % ne disposent pas de protocole d’adaptation posologique en cas de déficit partiel ; la traçabilité du résultat reste hétérogène et l’accès au résultat par les pharmaciens de l’établissement de santé n’est pas systématique.
Face à ces constats, le ResOMEDIT a formulé 5 pistes d'amélioration : 
renforcer les alertes logicielles ; faciliter l’accès des professionnels de santé au résultat du dosage via le Dossier médical partagé (DMP) ;
définir les situations d’urgence thérapeutique pouvant justifier d’initier le traitement sans attendre les résultats d’uracilémie ; optimiser le circuit du prélèvement pour réduire les délais ; élaborer des recommandations nationales d’adaptation posologique en cas de déficit partiel.
Ces travaux concerneront également la capécitabine, un autre médicament de la famille des fluoropyrimidines, également soumis à un dépistage préalable de l’uracilémie, principalement utilisé en ambulatoire. A noter qu'un cas grave évitable a été rapporté avec l’utilisation de la capécitabine en ville, car le médicament a été administré avant que les résultats du dépistage du déficit en DPD n’aient été analysés et envoyés au médecin.
2 types de précautions doivent être prises pour l'interprétation des résultats.
Chez les patients atteints d’insuffisance rénale modérée à sévère, la baisse du DFG peut entraîner une élévation du taux d’uracile faisant courir un risque de diagnostic erroné de déficit en DPD. Les patients pourraient alors être sous-dosés ou se voir contre-indiquer le traitement par fluoropyrimidine, ce qui représenterait une perte de chance. 
Toutefois, il est recommandé d’être prudent chez les insuffisants rénaux devant être traités par fluoropyrimidines : en cas d’insuffisance rénale modérée, l’utilisation d’une dose réduite est préconisée ; en cas d’insuffisance rénale sévère, la capécitabine est contre-indiquée.
Enfin il faut être très strict sur les conditions de prélèvement et de transport de l'échantillon avec une congélation très rapide, sans quoi l'altération de l'échantillon peut fausser significativement les résultats et la prise en charge du patient. Il ne faut donc pas à hésiter les patients en cas de doute en optimisant les conditions pré-analytiques.

Ref : ANSM. Chimiothérapie : une enquête nationale au sein d‘établissements de santé rassure sur le respect du dépistage obligatoire avant traitement par 5-FU. Publiée le 06/11/2025. https://ansm.sante.fr/actualites/chimiotherapie-une-enquete-nationale-au-sein-detablissements-de-sante-rassure-sur-le-respect-du-depistage-obligatoire-avant-traitement-par-5-fu

Archives Actualités scientifiques