L’oncogenèse du cancer colo-rectal (CCR) fait appel à une cascade de mutations géniques dont certaines ont permis d’élaborer des tests diagnostiques moléculaires pour caractériser les individus concernés dans des familles à risque. Malheureusement il n’existe pas encore de tests pour les sujets ne présentant pas de prédisposition familiale connue, ni de thérapie génique ciblant une mutation connue.
Une équipe de chercheurs lyonnais vient de découvrir un gène qu’ils ont appelé DCC (pour Deleted Colorectal Cancer). Pour cela ils ont mis au point un modèle animal porteur d’une mutation sur ce gène candidat. Ils ont constaté sur des souris transgéniques porteuses de ce gène muté l’apparition de tumeurs cancéreuses, avec en particulier le développement spontané de cancers coliques.
Cette incidence anormale a été rapportée à l’incapacité du fait de cette mutation d’induire l’apoptose des cellules en voie de transformation maligne.
Ils en sont venus à s’intéresser à ce gène au cours de leurs travaux sur les cellules sentinelles, qui scrutent leur environnement grâce à leurs » récepteurs à dépendance ».
Ces récepteurs ont la particularité lorsqu’un ligand vient s’y associer d’envoyer un message classique à la cellule qui continue alors à fonctionner normalement.
A l’inverse, lorsqu aucun ligand ne vient s’y associer, le récepteur envoie un message de suicide cellulaire conduisant à l’apoptose de la cellule.
L’objectif de l’équipe était d’appliquer cette découverte à la recherche contre le cancer. La prolifération anarchique de cellules cancéreuses devait pouvoir être soumise à une régulation de la part de ces cellules sentinelles porteuses de ce gène suppresseur de tumeur.
La recherche de cette action protectrice n’est effectivement pas retrouvée dans la majorité des cancers humains, les cellules cancéreuses échappant ainsi à ce blocage.
Si ce travail ouvre des perspectives inédites, c’est parce qu’il pourrait déboucher sur des pistes thérapeutiques inédites avec un traitement ciblé visant à réactiver le processus d’apoptose des cellules cancéreuses. L’équipe a commencé à travailler sur plusieurs molécules candidates dont l’action vise à restaurer la mort cellulaire induite par le récepteur DCC. Elles ont pour l’instant été testé sur des modèles animaux, en étendant la recherche aux cancers du sein et du poumon. Une évaluation clinique chez l’homme est planifiée d’ici à 3 ans si les résultats chez l’animal sont concluants.
Nature doi : 10.138 11/12/2011
