Les traitements myéloabalatifs avant greffe de cellules souches sont connus pour entraîner une insuffisance ovarienne. C’est pourquoi, lorsqu’en 2003 une fillette de 10 ans porteuse de drépanocytose homozygote s’est vue indiquer ce traitement, une équipe parisienne a procédé à des prélèvements ovariens préalablement à son instauration. Cette fillette est alors impubère. Elle va bénéficier d’une ovariectomie droite par laparoscopie sous anesthésie générale permettant la cryopréservation de 23 fragments de cortex ovarien. L’analyse de ces fragments montre une densité de 8,6 follicules primordiaux par mm3. 27 mois après la greffe de cellules souches, la drépanocytose est considérée comme guérie. La jeune fille revient alors pour un bilan dans l’unité de biologie de reproduction en vue d’une auto-transplantation de tissu ovarien. La croissance de la jeune fille s’est déroulée normalement mais elle est restée cliniquement et biologiquement impubère : âge osseux de 13 ans, FSH = 71,7 UI/l, LH = 24,1 UI/l, oestradiol < 73 pmol/l, inhibine B < 15 ng/l et AMH = 0,71 pmol/l. L’autotransplantation est réalisée en 2007 sous anésthésie locale, avec localisation hétérotopique dans le tissu sous-cutané de la paroi abdominale, où 3 fragments ovariens décongelés sont placés.2 mois plus tard, les seins commencent à pousser des 2 côtés et 4 mois après la greffe le stade S2 de Tanner est atteint. Les premières règles surviennent 8 mois après la greffe.Trois ans après la greffe, la patiente mesure 1,72 m pour 52 kgs. Son morphotype féminin est normal et ses règles, bien que plus irrégulières que lors des 2 premières années, persistent.Cette observation est la première à prouver que la puberté peut être induite par autogreffe de tissu ovarien cryopreservé avant un traitement stérilisant. Cette possibilité pourrait être étendue à d’autres situations cliniques. Cette méthode a le double avantage de restaurer la fertilité et d’induire la puberté sans traitement hormonal substitutif.
Quotidien du médecin Février 2012
