L’alimentation, qui consiste à ingérer des protéines étrangères à l’organisme, devrait normalement entraîner des réactions de rejet systématiques ; Une tolérance physiologique et naturelle est mise en place au niveau digestif par le biais de mécanismes immunologiques dont 3 sont clairement identifiés : la fabrication d’IgA secrétoires jouant un rôle anti-bactériens mais aussi de neutralisation des allergènes alimentaires ; l’induction de lymphocytes T régulateurs entraînant une anergie vis-à-vis de peptides alimentaires ; la production d’IgG4 rentrant en compétition avec les IgE spécifiques et limitant l’allergie IgE médiée. La défaillance de l'un ou l’autre de ces mécanismes peut se traduire par une intolérance ou une allergie alimentaire touchant 8% des enfants et 3% des adultes. Le diagnostic repose sur la clinique et la confirmation par des tests cutanés ou biologiques avec la recherche et le dosage d’IgE spécifiques. Si un doute subsiste, un test de provocation orale peut être effectué. En plus de son intérêt diagnostic, il permet d’évaluer le seuil de réactivité à partir duquel les symptômes apparaissent.Jusqu’à il y à quelques années, la conduite à tenir était l’éviction totale de l’allergène. Or les études randomisées prouvent que cette éviction est très contraignante au quotidien et entraîne en outre un risque de réaction sévère en cas de réintroduction accidentelle de l’allergène.Une étude récente a comparé deux populations d’enfants présentant une allergie alimentaire identique. La première était traitée par éviction totale. La seconde bénéficiait d’un protocole d’immunothérapie orale (ITO) spécifique consistant en une prise quotidienne de l’aliment déclencheur afin d’y accoutumer progressivement l’organisme. Les résultats ont été probants avec à 6 mois un pourcentage de guérison plus important pour ce deuxième groupe. Les tests cutanés et le taux d’IgE spécifiques à l’allergène étaient identiques alors qu’ils avaient paradoxalement augmenté dans le groupe 1. Enfin le seuil du test de provocation orale était plus bas qu’au départ dans ce groupe 1 laissant présager une réaction plus sévère. L’éviction totale semble donc préjudiciable et doit faire privilégier l’ITO. De plus celle-ci stimule à long terme les mécanismes de tolérance avec augmentation des IgG4 et de l’activité T régulatrice. Des recommandations sont à respecter néanmoins, en particulier lors de l’allergie à l’arachide : stopper la prise en cas d’infection intercurrente ; après interruption temporaire, reprendre l’ingestion en milieu hospitalier à faible dose ; surveiller la fonction respiratoire en cas d’asthme associé ; prendre la dose au cours d’un repas et éviter l’effort physique dans les 2 heures suivant l’ingestion ; être particulièrement vigilant chez les jeunes filles en période de règles.Cette solution thérapeutique pourra être généralisée lorsque des études concernant un plus grand nombre d’allergènes auront été effectuées. Elle constitue un progrès important dans la prise en charge de l’allergie alimentaire mais ne permet pas pour l’instant de garantir le caractère durable ou définitif de la guérison.Revue française d’allergologie ; 2011 ; 51.