La maladie coeliaque (MC) est une entéropathie auto-immune due à une intolérance au gluten chez des sujets génétiquement prédisposés. C’est une maladie multigénique associée en particulier aux molécules HLA DQ2 ou HLA DQ8, dont la clinique est très polymorphe de sorte que la fréquence de cette maladie est encore sous-estimée,les formes silencieuses, paucisymptomatiques ou atypiques étant actuellement majoritaires.

Sa pathogénie résulte de l’interaction entre des facteurs génétiques, immunologiques et environnementaux qui par l’intervention des molécules HLA , induisent une réponse immune au niveau de la muqueuse intestinale qui subit une atrophie villositaire entraînant une malabsorption.

Le diagnostic de MC est posé grâce à une combinaison d’arguments cliniques, sérologiques, histologiques, l’expression immunologique étant basée sur des données physiopathologiques relativement récentes et en constante évolution.

Dans la MC , c’est la rupture de la tolérance immune à un antigène oral (ici la gliadine) qui conduit à une réponse auto-immune dirigée contre la muqueuse digestive avec développement d’une réaction inflammatoire chronique, hyperplasie des cryptes et atrophie villositaire. C’est l’alpha-gliadine qui est la fraction toxique du gluten. Des peptides issus de la gliadine pénètrent au niveau de la lamina propria de la muqueuse du fait d’une augmentation de la perméabilité intestinale chez les sujets génétiquement prédisposés. Ces peptides sont ensuite désamidés au niveau de la glutamine par la transglutaminase tissulaire et présentés par l’intermédiaire des cellules porteuses d’antigènes HLA de type DQ2 ou DQ8 aux lymphocytes T CD4+ de la lamina propria.  Il en résulte une réaction inflammatoire avec production d’interféron gamma et de TNF (Tumor Necrosis Factor), une réaction immunitaire avec production d’anticorps anti-gliadine et anti-transglutaminase et une prolifération des lymphocytes intra-épithéliaux de type CD8.

Les marqueurs sérologiques ont un grand intérêt dans cette pathologie, cliniquement très polymorphe, pour aider à exclure ou à confirmer le diagnostic.

Trois types d’anticorps peuvent être recherchés dans la MC :

-         les anticorps anti-gliadine

-         les auto-anticorps anti-endomysium et, plus récemment

-         les auto-anticorps anti-transglutaminase.

Ce sont les anticorps de classe IgA qui sont les plus sensibles pour le diagnostic de MC et l’absence de déficit en IgA devra être contrôlée par un dosage d’IgA totales.

 

·        Les anticorps anti-gliadine

 

Les IgA antigliadine restent un bon marqueur chez les enfants de moins de 18 mois, ce qui n’est pas le cas chez les adultes. Elles sont aussi plus spécifiques que les IgG qui donnent des réactions faussement positives lors de syndromes gastrointestinaux ou de maladies autoimmunes. Ils figurent à la nomenclature et sont donc remboursés.

·        Les auto-anticorps antiendomysium IgA (EMA)

 

Ils sont détectés par immunofluorescence sur coupe d’œsophage de singe. Leur sensibilité ainsi que leur spécificité sont très bonnes et leur valeur prédictive positive pratiquement de 100%.  La lecture de ce test est délicate et nécessite une bonne expérience de l’opérateur. Ils figurent à la nomenclature et sont donc remboursés.  Il doit être systématiquement effectué en contrôle d’IgA antitransglutaminase négatives chez des patients présentant une clinique évocatrice.

 

·        Les auto-anticorps antitransglutaminase tissulaire (anti-tTG)

 

La transglutaminase tissulaire (tTG) est l’auto-antigène principal reconnu par les EMA.

Ces anticorps sont détectés en technique ELISA, automatisée ou non ce qui permet une bonne standardisation des résultats.

Il a été montré qu’avec un taux d’IgA anti-tTG supérieur à 30 U/ml (soit 10 fois la limite supérieure de la normale), avec la technique Celikey , il n’est plus obligatoire de réaliser une biopsie intestinale. Malheureusement, cet examen ne figure pas à la nomenclature et n’est donc pas remboursé.

La corrélation entre ces IgA anti-tTG et les EMA est excellente.

 

·        Interprétation des marqueurs sérologiques

 

Il faut  prendre en compte les éléments suivants :

-         les déficits en IgA qui peuvent entraîner des résultats faussement négatifs (1.7 à 2.6 % des MC+). L’alternative sérologique sera alors la recherche des anticorps IgG , soit EMA  qui sont un bon marqueur  mais de réalisation délicate , soit anti-tTG (ou anti-gliadine chez l’enfant) .

-         la quantité de gluten consommée qui, si elle est basse au moment du diagnostic, entraîne des résultats sérologiques faussement négatifs ou abaissés.

-         Un traitement immunosuppresseur entraînant la négativation des tests sérologiques La biopsie sera alors nécessaire si la clinique est évocatrice.

 

Conclusion

 

De gros progrès ont été réalisés ces dernières années dans le diagnostic  immunologique de la maladie coeliaque. Une prévalence élevée de cette maladie a pu ainsi être mise en évidence, liée à l’existence de formes cliniques frustes aux manifestations atypiques, extradigestives, de sorte que cette pathologie apparaît actuellement comme un véritable problème de santé publique. Etant donné l’existence d’un traitement efficace (éviction du gluten de l’alimentation) et du risque de complications, notamment néoplasiques, chez les patients non dépistés, il est indispensable de promouvoir un meilleur dépistage des patients atteints de cette pathologie. Dans ce contexte, la biologie a un rôle très important à jouer.

 

Revue Francophone des Laboratoires- Juillet-Août 2008