Depuis plusieurs décennies, les effets du cannabis sur les hormones masculines font l’objet de débats. Les travaux expérimentaux ont montré que le principal composé psychoactif du cannabis, le THC (tétrahydrocannabinol), peut interagir avec le système endocannabinoïde, dont les récepteurs sont présents à la fois dans le cerveau et dans les testicules. Il pourrait donc exister un substratum biologique à l’influence du cannabis sur la production hormonale masculine. Toutefois, les données humaines recueillies jusqu’à présent sont contradictoires. Une étude ancienne suggérait une diminution des taux de testostérone circulante chez les consommateurs intensifs de cannabis, mais la plupart des travaux plus récents n’ont retrouvé aucune différence significative de testostéronémie entre consommateurs et non-consommateurs, voire retrouvaient des niveaux plus élevés chez les consommateurs. L'idée étant de voir quelle pouvait être l'impact de la consommation sur la spermatogénèse.
Pour en savoir plus, une équipe suisse a comparé 47 consommateurs de cannabis à 47 témoins, âgés de 18 à 23 ans. La consommation de cannabis était confirmée biologiquement par la présence de THC et de ses métabolites dans le sang. Par la technique de spectrométrie de masse de haute précision, les auteurs ont analysé 70 stéroïdes endogènes différents, permettant une évaluation très détaillée du fonctionnement hormonal des participants.
Les résultats montrent un profil hormonal différent chez les consommateurs de cannabis, avec une augmentation des taux sanguins de plusieurs androgènes. La testostérone affichait ainsi une hausse d'environ 23 % chez les consommateurs par rapport aux non-consommateurs. L'androstènedione et la dihydrotestostérone (DHT), l'un des androgènes les plus puissants de l'organisme, étaient également significativement plus élevées.
Toutefois, cette élévation ne concerne pas l’ensemble des androgènes : les androgènes dérivés des glandes surrénales, appelés C11-oxy-androgènes, restent inchangés. Cela suggère que le cannabis n’agit pas sur toute la production hormonale de la même façon et modifierait sélectivement la synthèse des androgènes d’origine testiculaire sans affecter les voies surrénaliennes ni périphériques, soit par effet direct sur les testicules, soit en interagissant sur l’axe hypothalamo-hypophysaire.
De plus, une analyse complémentaire menée au sein du groupe desconsommateurs a mis en évidence une relation dose-dépendante : plus les concentrations sanguines de THC et de son principal métabolite (THC-COOH) étaient élevées, plus les taux des trois androgènes gonadiques (androstènedione, testostérone et DHT) étaient importants. Cette relation dose-réponse renforce l'hypothèse d'un effet direct des phytocannabinoïdes sur la stéroïdogenèse testiculaire.
Deux métabolites de la progestérone sont par ailleurs particulièrement associés à la consommation de cannabis : la 11β-OHP4 et la 5β-DHP4, dont les concentrations plasmatiques sont nettement plus élevées chez les consommateurs. Ces deux composés se distinguent toutefois par leur profil d'association : la 11β-OHP4 semble refléter l'exposition au cannabis de manière générale, sans variation significative entre consommateurs occasionnels et chroniques . La 5β-DHP4, en revanche, présente une véritable relation dose-dépendante : ses taux sont significativement plus élevés chez les consommateurs chroniques que chez les consommateurs occasionnels, et corrélés positivement aux concentrations de THC et de THC-COOH. Ce composé pourrait ainsi constituer un double biomarqueur, reflétant à la fois l'exposition au cannabis et l'intensité ou la chronicité de cette consommation.
Les auteurs notent toutefois que les conséquences réelles de ces modifications sur la fertilité et la santé reproductive masculine restent à préciser. L’étude est observationnelle et ne permet pas d’établir une relation de causalité certaine. Ils soulignent par ailleurs que les résultats ne peuvent être extrapolés aux femmes, aux personnes plus âgées ni aux usages de plus longue durée. En l'état et indépendamment des interdictions légales, la consommation de THC est toujours déconseillée en cas de projet parental.
Ref : JIM - 09 juin 2026.
