Le 17 juin 2025, la Haute Autorité de Santé (HAS) mettait fin à une vieille controverse scientifique en recommandant le dépistage systématique de l’infection à cytomégalovirus (CMV) chez la femme enceinte. Contre l’avis notamment du Haut conseil de la santé publique (HCSP), la HAS a recommandé ce dépistage au motif que l’infection à CMV peut, dans de rares cas, être à l’origine de complications graves pour le fœtus : surdité unilatérale ou bilatérale, troubles neurologiques (notamment vestibulaires), retard global du développement, paralysie, etc. On estime ainsi qu’environ 500 nouveau-nés par an sont atteints de troubles liés à cette infection. Le CMV constitue la première cause non-génétique de handicap sensoriel chez l’enfant.
Un peu plus d’un an plus tard, la HAS remet l’ouvrage sur le métier. En effet, à la suite de cet avis, la HAS a de nouveau été saisie par le ministère chargé de la Santé afin d’élaborer des recommandations de bonnes pratiques pour guider les professionnels de santé, s’agissant de la prescription des tests à réaliser, de la conduite à tenir en fonction de leurs résultats, ainsi que des modalités de suivi de la grossesse et de la prise en charge des femmes concernées. Des recommandations complémentaires ont donc été publiées le 4 août dernier.

En premier lieu, la HAS insiste sur la nécessité de  sensibiliser de façon précoce et systématique toutes les femmes ayant un projet de grossesse ou enceintes, mais aussi le co-parent (parfois aussi appelé « le père »!), aux risques pour le fœtus en cas d’infection et aux mesures d’hygiène permettant de prévenir sa transmission. Il faut rappeler que la prévention précoce repose principalement sur des gestes d'hygiène simples, en particulier lors des contacts avec de jeunes enfants. Ces précautions sont ainsi particulièrement importantes pour les personnes travaillant au contact de jeunes enfants, notamment en crèche, halte-garderie ou les assistantes maternelles. 

S’agissant de la sérologie, la HAS recommande de la réaliser avant la conception de l’enfant, sauf chez les femmes qui ont été antérieurement testées positives au CMV, car il n’existe aucun test de dépistage mettant en évidence les infections secondaires de façon fiable. En cas de sérologie positive, aucun suivi supplémentaire n’est recommandé pendant la grossesse, sauf si la sérologie semble indiquer une infection récente (IgM positives). Dans ce cas, une deuxième prise de sang est nécessaire pour confirmer le résultat et le cas échéant, le projet de grossesse doit être reporté de 2 mois  préconise la HAS. 
En cas de sérologie négative, la HAS recommande de renouveler le dépistage dès le début de la grossesse puis toutes les 4 semaines, pendant le premier trimestre, la dernière sérologie devant être réalisée durant la 14e semaine d’aménorrhée. Il n’est pas pertinent de réaliser une sérologie au-delà de cette date, car le risque de séquelles lorsque le CMV est contracté au-delà du 1er trimestre est quasi nul d'après les experts. Ces derniers ont identifiés 2 situations à risque :
1. Lorsque la sérologie met en évidence des IgM positives et des IgG négatives, confirmée par une PCR positive dans ce sérum (automatiquement effectuée par le biologiste médical dans cettesituation) ou lorsque la sérologie révèle des IgG positives lors d’un 2d prélèvement réalisé 5 à 10 jours plus tard (si la PCR n’a pas pu être réalisée ou si elle s’est avérée négative), le profil sérologique est en faveur d’une primo-infection datant de moins d’un mois.
2. Lorsque la sérologie est positive pour les IgM et les IgG et que la datation de l’infection, estimée par le test d’avidité (automatiquement effectué par le biologiste médical dans cette situation), situe celle-ci en période périconceptionnelle ou au premier trimestre de grossesse (soit de 8 semaines avant la conception jusqu’à 14 SA), la primo-infection est confirmée sur cette période.
Dans ces situations, le biologiste médical réalise les examens complémentaires utiles à la datation de l’infection ou sollicite un laboratoire de biologie médicale expert pour avis, sans nouveau prélèvement ni nouvelle ordonnance du clinicien.
En effet, le Code de la santé publique prévoit les dispositions suivantes insistant sur le rôle du biologiste médical dans le diagnostic : « Lorsqu’il l’estime approprié, le biologiste médical peut réaliser, conformément aux recommandations de bonnes pratiques lorsqu’elles existent et dans le respect de la nomenclature des actes de biologie médicale […], des examens de biologie médicale autres que ceux figurant sur la prescription, ou ne réalise pas tous les examens qui y figurent, sauf avis contraire du prescripteur porté sur l’ordonnance. » La datation de l’infection est estimée par le biologiste médical et précisée dans la conclusion des résultats.
Le biologiste médical devra informer le prescripteur dans un délai court qu’un diagnostic sérologique de primo-infection maternelle à CMV est établi.
S’il ressort de ces différentes sérologies que la femme enceinte a bien été infectée par le CMV dans les deux mois précédant la grossesse ou lors du premier trimestre de grossesse, une prise en charge spécifique doit être mise en place. Elle doit commencer par une consultation dédiée afin d’aborder la prise en charge appropriée et la possibilité de débuter un traitement antiviral rapidement, avec pour objectif de permettre une prise de décision partagée avec la femme enceinte, en lui apportant les informations nécessaires à un choix éclairé.
L’infection à CMV chez la femme enceinte doit être traitée par valaciclovir, un antiviral qui permet de limiter la transmission du virus de la mère au fœtus et ainsi de réduire le risque de séquelles. Ce traitement doit être administré le plus tôt possible lors du premier trimestre pour optimiser son efficacité. De manière quelque peu étrange, le valaciclovir ne dispose pas de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour une administration à la femme enceinte : il devra donc être prescrit sur le fondement d’un cadre de prescription compassionnelle en cours de rédaction à l’ANSM. Afin de réduire le délai entre la confirmation du diagnostic d’infection de la mère et l’initiation du traitement, la HAS recommande que la réglementation soit modifiée afin que les sages-femmes soient autorisées à prescrire du valaciclovir. 
La HAS recommande enfin que les femmes enceintes contaminées peu avant ou au début de leur grossesse puissent bénéficier d’une amniocentèse le plus tôt possible à partir de 18 semaines d’aménorrhée, afin de rechercher la présence du virus chez le bébé. En cas de résultat négatif, la HAS recommande d’interrompre le traitement par valaciclovir et de reprendre un suivi obstétrical classique. En cas de résultat positif, la future mère devra être prise en charge par un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN).
L’ensemble de ces recommandations sera repris dans un document d’information à destination des femmes enceintes que la HAS publiera en octobre prochain. Celui-ci présentera les mesures d’hygiène préconisées tout en expliquant le dépistage et l’interprétation de son résultat. 

Ref : HAS Août 2026; JIM.fr 17/08/26

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